Janvier 1976.-Avec douze lignes et 65 bus, le réseau des Transports urbains de Reims créé puis  fortement développé depuis 1952 par Bernard Plet a transporté 14 millions de passagers durant l'année 1975. Ce n'est pas mal. La création d'un réseau en étoile, les  premières expériences de couloir réservé aux bus (1968/1971),  le rattachement de La Neuvillette à Reims (1970), l'instauration de la gratuité pour les personnes âgées de plus de 65 ans aux revenus modestes (1972) ont permis d'augmenter la clientèle.

Mais les responsables sont confrontés à un sérieux handicap. Pour effectuer un voyage complet sur une ligne, c'est à dire effectuer près de six kilomètres,  l'usager doit en moyenne payer quatre fois 0,33F, soit 1,32F. En effet,  chaque parcours  étant  découpé en  plusieurs zones mesurant chacune environ 1,5 kilomètre, le voyageur est dans l'obligation de prendre autant de tickets qu'il franchit  de zones! Un fonctionnement compliqué et doublement pénalisant pour les usagers demeurant loin du centre. Une injustice d'autant plus difficile à accepter que  parallèlement, la vitesse commerciale des bus ne cesse de diminuer,  littéralement plombée par l'augmentation incessante du nombre de voitures particulières. 

Heureusement grâce tout jeune district urbain de Reims (créé en juillet 1973)qui a   la compétence  de l'organisation des transports et s'engage à prendre à sa charge tout déficit d'exploitation du réseau,  un sérieux coup de fouet est donné aux bus. Des lignes sont créées en direction de Bétheny, Cormontreuil et Saint-Brice-Courcelles.

Le 1 janvier 1976 le réseau des TUR  définitivement  rattaché au district prend une mesure sociale exemplaire. Il n'y a plus qu'un ticket unique pour circuler. Son montant est fixé à 0,60F. Terminé le découpage en zones.  Certains usagers  voient diminuer par trois le prix de leur trajet. La décision a des effets bénéfiques immédiats sur la fréquentation des bus d'autant qu'apparaissent aussi des cartes spéciales pour les scolaires.

 Pour financer pour un tiers  le manque à gagner est mis en place  un "versement transport" que doivent payer les entreprises qui emploient plus de dix salariés. 

Dans une agglomération où de méga quartiers viennent de voir le jour : Châtillons, Europe, Croix-Rouge et où les communes de la couronne sont progressivement de mieux en mieux desservies, le bus retrouve plus qu'un second souffle. 

En un an, le nombre de voyageurs passe de 14 millions en 1975 à 21 millions à la fin de l'année 1976.

Naissance des T. U. R : en 1952

7608 - bus 1

Depuis 1939 les autobus ont remplacé les tramways à Reims. Mais onze ans plus tard le réseau est encore convalescent. Pire, les bus sont peu confortables. Certains n'hésitent pas à dire  que "Reims détient le record de France de bicyclette en circulation!  " . Invérifiable. Toujours est-il que neuf mois avant la fin du contrat qui la lie aux héritiers d'Eugène Lucas, (par 18 voix pour, 11 contre et 4 abstentions ) la ville décide de mettre en adjudication le réseau urbain d'autobus. Gérant de la Compagnie Française de  Transports de Laval, Bernard Plet emporte le marché en 1952. La concession lui est confiée " à ses risques et périls" . Actif et imaginatif, le responsable  crée aussitôt les Transports urbains rémois (TUR)dont il présidera la destinée jusqu'en 1990. 

Avisé le professionnel  préfère la Place du théâtre à la Place royale comme plaque tournante du réseau de bus. Il crée un service de nuit sur deux lignes. Résultat:  en 1952 les bus qui ont fait 2 millions de km ont transporté 9 millions de personnes.

1955: présentation de nouveaux bus devant la mairie

Tandis qu'un nouveau dépôt pour accueillir 35 autobus est édifié pour 100 millions de francs (anciens) par la ville, Avenue de Laon, avec un système automatique de lavage des bus,  les Tur améliorent les conditions de vie des passagers. Ils installent des abris aux terminus des lignes (1955), sonorisent les bus: une première nationale immortalisée par la RTF, l'unique chaîne de télévision nationale que les Rémois commencent à capter.

En janvier 1958, date de l'inauguration du dépôt, les autobus rouge et ivoire des TUR portant les armoiries de la ville affichent 12 millions de voyageurs au compteur de l'année 1957. 

Premier couloir de bus

Fausse bonne nouvelle pour les usagers. En 1959 le prix du ticket passe de 17F à 0,17F. Mais ce n'est que la conséquence automatique  du passage aux nouveaux francs!

Mieux: les Tur qui n'ont cesse d'apporter des améliorations dans la qualité de service et qui ont vu reconduit leur contrat pour cinq ans en 1961 poursuivent leurs efforts. 

Le fameux inspecteur Bourrel alias Raymond Souplex tourne dans les bus rémois  un épisode des "cinq dernières minutes" . Le réseau en étoile se met en place.

1955: un nouvel arrêt de bus

 En 1962, alors qu'on apprend que la population rémoise est passée à plus de 139 .000 habitants, les Tur peuvent s'enorgueillir d'en avoir transporté le dixième. Mais ils veulent mieux faire.   Des lignes sont agrandies, parfois trop rapidement et doivent être modifées pour plus de cohérence. A cause de  l'augmentation exponentielle des autos dans ces années soixante le trafic ralentit aussi irrémédiablement. Il passe de 14 à 12 km/h.

Aux grands maux...

 La rue Talleyrand est mise en sens unique. Dès 1967, l'équivalent de trois kilomètres de chaussée sont  réservés aux arrêts de bus. Un an plus tard si les Rémois pestent en raison de la grève nationale qui paralyse aussi les Tur (excepté le transport des handicapés), l'année 1968 est aussi celle du refonte du réseau vers de nouveaux quartiers et des zones industrielles. 

1971: la collectivité inquiète de l'asphyxie du centre-ville instaure le stationnement payant. Elle met en place rue Théodore Dubois un couloir réservé  de 11 à 20 heures aux bus, taxis et véhicules prioritaires.

 Pose de téléphone à proximité des abribus, gratuité pour les personnes de plus de 65 ans aux revenus modestes (1972), il faut attendre 1976 avec la prise en charge des bus par le district et la mise en place d'un prix unique du ticket pour voir décoller le nombre de passagers.

1957: des gosses heureux

 Bus articulés, couloirs à contre sens

1977: La Gauche rémoise s'applique à dynamiser un peu plus encore le réseau. Elle dessine un nouveau plan de circulation utile aux transports en commun, met  en place  4,2 km de  couloirs de bus à contre-sens convergeant vers le centre. Elle commande aussi les premiers  bus articulés.

De 25 minutes parfois le parcours Saint-Maurice -Théâtre tombe à 5 minutes. Les TUR déménagent pour la quatrième fois . Ils s'installent rue André-Huet où ils se trouvent encore aujourd'hui.

En 1982 pour leur 30e anniversaire les Tur qui comptent 369 salariés et 120 bus ont parcouru 6,1 millions de kmIls ont  transportés 28,8 millions de passagers sur 16 lignes totalisant 124 km. Du jamais vu.

Arrivée de Clovis

1983: Changement de municipalité.  Premières embauches de conductrices aux Tur et le début d'une réflexion interne sur l'installation d'un transport en commun en site propre . En 1986 est inauguré <>un système d'aide à l'exploitation permettant de réguler le trafic en évaluant avec précision la progression des bus par rapport à l'horaire idéal. Les Tur multiplient les actions de  communication, créent l'événement. L'opération <>est diversement appréciée. Novembre 1986, Les Rémois restent de glace devant les petits carrés de couleurs placés sur les bus par  l'artiste Buren qui a pourtant fait parler de lui  avec ses fameuses colonnes du Palais-Royal. Les passagers sont plus curieux de découvrir les écrans vidéo dans les bus qui totalisent 30 millions de clients en 1987.

Un an plus tard le dossier du tramway est adressé au ministre des transports. La ligne de 7,4 km qui doit relier la Croix-Rouge au centre-ville coûtera 750 millions de francs. Elle ne verra jamais le jour. Ainsi en décident les amis du  député-maire Jean Falala en 1999. 

Entre temps,  habillés en 1989 d'une peinture aux damiers jaune et noir  les bus des Tur passent dans le giron de Via transport GTI (générale de transport et d'industrie, filiale de la Compagnie de navigation mixte). A 67 ans, le créateur des TUR Bernard Plet peut être fier. D'une petite entreprise qui avait 14 bus et 17 salariés en 1952 il a constitué une belle société forte en 1990 de 120 bus pour 434 salariés.

Stagnation du trafic

Les dix années qui suivent sont marquées par un paradoxe. Si le district de Reims peut s'enorgueillir de totaliser 145 voyages par an et par habitant: bien mieux que la moyenne nationale qui est de 90; s'il  obtient la première place pour le prix du ticket et la seconde pour la fréquence des passages;  force est de constater que la part des transports en commun n'a progressé que de 0,3% durant la même période.  Sur 830 000 déplacements jours enregistrés la voiture particulière est utilisée à  59,9% (en progression de  10%), la marche à pied : 27, 1% et le bus seulement 9,8%. Scotchés  sur place par le trafic voitures les 154 bus perdent en vitesse commerciale explique en 1999 Dominique Bécard, directeur général des Tur. >

1999: Délégataires jusqu'en 2009 du service des bus, lesTUR n'attendent  pas l'adoption du Plan de déplacement urbain (PDU)fort commenté,  contesté puis modifié,  pour apporter des améliorations au réseau. L'oeil sur leur objectif : une progression sur dix ans de 3,6% de voyageurs et de 3,9% de l'offre kilométrique, les Tur vont faire l'acquisition de nouveaux bus, mettre en place un nouveau système d'exploitation avec repérage par satellite; modifier, rallonger certaines lignes pour renforcer les zones denses, mieux desservir la gare, les facultés, l'hôpital et le centre-ville; prolonger  les dessertes de nuit de  22 h 30 à 0 h 30.Portés par une exigence de qualité marquée par la ponctualité, l'amabilité, la lutte contre l'insécurité, la pollution, les TUR  dirigés depuis cette année par Christophe Pujebet vont aussi procéder à l'embauche d'une vingtaine de  chauffeurs supplémentaires. 

Forts de 520 salariés pour un équipage de 160 bus, les Tur dont 64% des 30,6 millions de passagers ont moins de 25 ans roulent, sereins vers le XXI ème siècle.

Alain MOYAT