7803 - synagogue

Le 16 septembre 1979, la communauté israélite rémoise fête deux événements: le 100e anniversaire de sa synagogue et l'arrivée officielle d'un nouveau rabbin: René Gutman.

Inaugurée le 5 septembre 1879 en présence du maire Diancourt, la synagogue édifiée au 49, rue Clovis par l'architecte Narcisse Brunette et décorée par Marquant-Voguel n'a plus fière allure.

Les blessures de la guerre 14 cicatrisées par les dommages de guerre ont fini par se rouvrir. La toiture s'en va à vau-l'eau. Il en faut plus pour inquiéter Henri Ejnès de l'association culturelle israélite, qui a décidé de profiter du centième anniversaire de la consécration au culte de la synagogue pour "inviter les fidèles à apporter leur contribution financière." 

Tout a été prévu. 

-Le choix de la date: le premier jour des dix jours de pénitence précédant le Nouvel an israélite;

-l'arrivée officielle du nouveau rabbin René Gutman, le retour amical du rabbin Ouaknin;

-la participation de l'ensemble vocal de la paix de Strasbourg;

-la présence du grand rabbin Bauer représentant le grand rabbin de France Jacob Kaplan.

Grande première dans l'histoire de la communauté israélite rémoise, un archevêque de la ville des sacres, Mgr Ménager, viendra pour la première fois à la synagogue. Il sera pas très loin du pasteur protestant, au milieu d'un aréopage de personnalités politiques et religieuses.

La cérémonie dure 90 minutes, rehaussée par d'émouvants chants avant et après la sortie de la Thora, ponctuée aussi par des récits sur l'histoire mouvementée et douloureuse du judaïsme en Champagne et à Reims .

" Cette cérémonie nous permet de montrer, avec éclat ce qu'est la présence juive à Reims: un judaïsme est fort et vivant, inébranlable dans sa foi, respectueux des coutumes, mais ouvert sur le monde." 

Quelques heures auparavant, le maire communiste Claude Lamblin, accueillant en mairie le grand rabbin Bauer et sa délégation avait tenu ce propos: " Nous voulons que foi et religion puissent s'exercer totalement comme elles le souhaitent, comme elles l'entendent."  

Alain MOYAT

De persécutions en exil la communauté chaque fois reconstituée

Des documents historiques font état de la présence d'une communauté juive à Rheims dès le XIe siècle, attestée au XIIe par l'existence d'une " rue des Juifs" , devenue rue Gien puis rue des Elus. Au XIVe siècle, les persécutions de juifs entreprises par Philippe IV le Bel touchent la communauté rémoise qui préfère s'exiler pour ne revenir qu'au XVIIIe siècle. En effet, en 1786 on trouve dans les plans du cimetière de la Porte Mars (cimetière du Nord)l'existence d'un carré pour les juifs, avec entrée spécifique, différente de celles des catholiques.

Il faudra attendre les années 1870 pour voir se reformer à Reims une plus importante communauté constituée essentiellement de juifs alsaciens et mosellans. Dépendant de Châlons-sur-Marne puis de Troyes, ils eurent leur autonomie, en quelque sorte qu'à partir de 1874, sous la forme d'un oratoire mis à leur disposition au 7, rue des Capucins.

La synagogue de la rue des Capucins fut entreprise avec l'aide du ministère des cultes et de la municipalité rémoise.Et toujours des souffrances 

1897.-Nous sommes en plein affaire Dreyfus. Comme Fernand Labori, avocat rémois de l'officier, les Juifs dont la communauté compte 640 membres sont à nouveau montrés du doigt. Une ligue antisémite a même pignon sur rue. On voit apparaître " l'anti-juif rémois" .

Seize membres de la communauté donnent leur vie sur les champs de bataille lors de la Première guerre mondiale. Victimes du nazisme, 226 juifs dont 53 enfants sont arrêtés à partir de 1942 par la Gestapo et envoyés dans des camps de la mort. Quatre adultes seulement en reviendront.

En 1947, la communauté ne compte plus que 109 membres. Elle devra attendre 1978 pour en retrouver 650 environ grâce (à partir de 1957), à l'arrivée de rapatriés d'Afrique du Nord (Tunisie, Maroc, Algérie).

Une saga qu'Henri Schwartz, rabbin, a accompagné durant soixante huit ans au coeur de la communauté rémoise de 1896 à 1964.

 A.M.