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Oubliées les polémiques: Facérias, le podium pour la messe,  les  anti-papes. Le 22 septembre 1996 Jean-Paul II fait un tabac et 200 000 fidèles pour le XVe centenaire du baptême de Clovis. 

496, 498, 499... Personne à vrai dire n'est encore bien sûr de la  date, ni du lieu du baptême de Clovis. Mais Mgr Balland et  l'association "Mémoire du baptême de Clovis" ont décidé  officiellement de célébrer l'événement le 22 septembre 1996. 

Double évènement même: l'anniversaire sera auréolé par la présence  du pape Jean-Paul II en personne, (832 ans après la venue  du pape  Alexandre III). Alors, les quinze mois de préparation qui ont précédé le jour J  ont suscité à Reims mille réunions. Presque  autant de polémiques. Souvenirs.

Darolles remplace Facérias

Fin août 1995 (confirmé en septembre 1996): au terme de près de  trois ans et demi de fouilles (qui ont coûté 7,5MF) (1,1M€) l'archéologue  Walter Bony annonce  la nouvelle: "On a peut être trouvé le  baptistère de Clovis. Entre la 4e et 6e travée de la cathédrale." 

En novembre, Daniel Facérias lance un appel pour rechercher des  figurants pour son spectacle   "le mystère médiéval " avec Michaël  Londasle.  Patrick Demouy, président de l'association " Mémoire du  baptême de Clovis" bien rappelle qu'il ne " faut pas résumer Clovis  à la conversion d'un homme, ni la France au christianisme." Le XVe  centenaire part sous les meilleures auspices. C'était trop beau pour que ça dure.

A la mi novembre: en gardien des animations du temple cathédrale,  Jacques Darolles du CNAT fait savoir qu'il n'est pas d'accord pour  que le Musée Grévin organise une exposition dans la galerie des  Sacres. Fin décembre, la rumeur qui courait depuis un mois en  ville est confirmée par le maire Jean Falala. Compte tenu du  budget prévisionnel et des subventions attendues, le spectacle  prévu par Facérias est bien trop cher (on parle de 2,5 à 2,8MF) . 

La ville annule la commande. Une fois encore elle confie à Jacques  Darolles le soin d'organiser deux spectacles :" Clovis et la  naissance de la France" . Si le premier, dans la nef est innovant  mêlant images, lumières et cinéma 35mm (500.000F), celui sur le  parvis n'est qu'une adaptation de plus de ses spectacles proposés l'été (1MF). 

Contrat signé en bonne et due forme, Facérias proteste. Profite de la sortie à Paris du ... "Bal des exclus" , un spectacle de l'abbé  Pierre pour faire intervenir la grosse cavalerie. Mais ni le  ministre Douste-Balzy, ni le maire de Paris Tibéri, ni même Chirac  sollicités ne parviennent à convaincre le maire de revenir sur sa décision. Facérias reçoit 170 000F. La veille de la venue du pape  il présentera tout de même à Brimont une version abrégée de son  spectacle. 

Les politiques et les anti papes s'en mêlent

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Tandis que l'église Sainte Clotilde construite pour le XIVe  centenaire du baptême de Clovis termine un lifting de 3,8MF, que  les Rémois retrouvent une cathédrale sans échafaudage, une  nouvelle polémique prend corps. Février 1996: Gilles Denis (PS)  déclare au conseil municipal: " L'identité française ne se résume  pas à l'identité chrétienne." Un mois plus tard, adhérents du  MRAP, communistes, libertaires, Verts, dans un collectif  anti-pape" protestent contre " un nouvel ordre moral" que symbolise à leur yeux le pape qui " condamne l'homosexualité, la  contraception et soutient les dictatures."  Ils lancent une  campagne de débaptisation et invitent les opposants au pape à  venir manifester tous les 22 du mois devant la cathédrale  car  cette commémoration n'est que l'occasion pour l'église catholique  de tenter de recouvrer son influence sur l'Etat et la société." Le  message est clair. Il ne mobilisera en fait chaque mois qu'une  poignée d'irréductibles.

Côté PS, Gilles Denis, membre du comité " Clovis n'est pas la  France " appelle le Rémois à fêter ensemble à Paris la République  et la laïcité le 22 septembre. Trop bavard il se fait taper sur  les doigts par son collègue Jean-Claude Laval: " Nous ne sommes pas  anti-papistes. Nous sommes pour le respect de la séparation de  l'Eglise et de l'Etat, contre le financement par l'impôt de la  venue du pape. Gilles Denis parle seulement en son nom. " 

Au delà des polémiques, 67% des Rémois interrogés dans un sondage pour  l'union et Radio France, se disent satisfaits qu'il y  ait une telle commémoration à Reims. Elle assurera le prestige et le  renom de la ville (70%); se traduira par de retombées économiques  (58%). Et même s'ils sont plus nombreux à penser que le XVe  centenaire du baptême de Clovis est plus un événement historique  (68%) que religieux (24%), 49% (contre 41% opposés)ne sont pas  hostiles à ce que la ville y apporte sa contribution financière.

Autres contestations à Valmy, Paris et Reims

En souvenir de la proclamation de la République survenue le 22  septembre 1792 à Valmy, des centaines de Francs maçons viennent    au pied du moulin pour une  sorte de " messe républicaine" . 

Certains coiffés du bonnet phrygien et au nom de " Vive la nation " montrent du doigt ceux qui à leur avis " tentent d'imposer leur  intégrisme " . Pas question pour eux d'entendre à nouveau parler du  baptême de Clovis comme un acte fondateur. " Fondateur de dix  siècles de monarchie et de droit divin, plutôt."

Au cours d'un meeting de " La Libre pensée " 1 500 personnes  dénoncent l'infiltration des institutions de la République par les  pouvoirs confessionnels" .

A Tours plus d'un millier de personnes  ont manifesté contre la  venue du pape à Tours en criant: "La capote, pas la calote " .  Mais sans doute concentrés à Paris où ils se sont retrouvés  plusieurs milliers (5 à 10 000) pour chanter " la Carmagnole" , les  anti-papes ne se sont pas bousculés à Reims. Invités de toute façon  à rester du côté du gymnase  René-Tys, quelques centaines de  personnes d'un " collectif contre la venue du pape"  ont bien tenté  de se rendre vers la cathédrale. Les CRS les ont bloqués au  théâtre, conduits une vingtaine d'entre eux au commissariat pour  contrôle d'identité " pour prévenir toute atteinte à l'ordre public."

Dans le sondage réalisé pour l'union, 51% des personnes interrogées  s'étaient déclarées indifférentes à la venue du pape, contre 9%  opposées.

 Un voyage sous haute sécurité

Comme toujours lors de la venue d'importante personnalité,  d'importantes mesures de sécurité sont prises. Pour le pape, elles  furent exceptionnelles.

Le premier signal d'alarme est tiré en juin 1996 à la veille des  cérémonies des fêtes joahnniques. Le dallage de l'allée centrale de  la cathédrale présente des faiblesses. Jeanne et son cortège  changent de parcours. Des travaux de consolidation sont entrepris.  Ouf la cérémonie papale en présence de 2.400 fidèles pourra avoir  lieu. 

Plusieurs jours avant la venue du pape, de nombreux policiers  (Renseignements généraux et autres)repèrent le parcours du Saint  père, visitent des appartements. Des techniciens identifient des  personnes qui émettent sur des fréquences non autorisées. Mais  officiellement, cìté sécurité, c'est motus et bouche cousue: " la condition de l'efficacité." 

Mais il a vite fallu voir grand, très grand. Des 1.000 cars et "96 400 ! " personnes pressenties le 9 juin,  il faut en fait en gérer  près de 200.000 personnes et la bagatelle de 2.200 autobus.

Résultat ce sont 4.500 personnes qui sont affectées à l'encadrement  de l'événement dont 1 800 gendarmes, 300 sapeurs-pompiers avec huit  postes de sécurité en ville, douze à la BA 112, 1.600 policiers. 

Psychose d'attentat: la veille de la cérémonie, 1.200 plaques  d'égoñt sont soudées. Grosse frayeur lors de la découverte d'une  sorte de bonbonne à gaz qui n'était rien d'autre qu'un  programmateur pour un système automatique d'arrosage!

Sécurité encore avec l'arrivée par avion Transall C 160 à la BA 112  de deux "papamobiles " (des fois qu'une tombe en panne), deux  Mercédés 230 GE blindées de trois tonnes... Pour un pape  claustrophobe qui ne peut circuler dans son véhicule qu'avec une  vitre ouverte.

 Messe papale: le podium de la discorde

Fin mars 1996.-Au conseil municipal, le maire propose de débloquer  1,5 MF pour la construction d'un podium de 70m x 40m pouvant  accueillir 120 à 140 évêques pour la messe papale célébrée le 22  septembre sur la base aérienne de Courcy. " Vous confondez conseil  municipal et conseil épiscopal" s'indigne le communiste Claude Lamblin. " Cette dépense relève du Vatican ou de l'Eglise." Gilles Denis (PS) estime que " c'est une atteinte à la neutralité des  pouvoirs publics " Pas du tout rétorque le maire: " La laïcité,  c'est de permettre à tout les courants de pensée de s'exprimer. " 

Quelques jours plus tard, au nom de l'association " Reims Agir " ,  Thierry Come dépose un recours en annulation au Tribunal  administratif. " Nous ne sommes pas opposés à la venue du pape,  mais cette décision de financer un podium est une atteinte au  principe de séparation de l'Eglise et de l'Etat." 

Tandis que l'archevêque interdit de cathédrale les  traditionalistes qui veulent décliner leur litanie: " catholique 

et Français toujours " (ils seront tout de même 6 000 au  rendez-vous), le maire s'explique. 

Des soutiens: la ville en a déjà apporté à d'autres communautés  religieuses sans que personne ne trouve rien à redire. Pour mettre  aux normes de sécurité du patrimoine non communal: le temple (390 .000F), la synagogue (400.000F). Mais bien informé sur la décision  à venir du tribunal, le maire préfère finalement renoncer à payer  le podium. Quelques jours après Guy Blérot qui en a eu l'idée avec  son mouvement  " civisme et politique" , Mgr Defois lance à son  tour une souscription pour payer l'ardoise. (Elle rapportera 3,3MF). 

Quatre jours plus tard, le Tribunal annule la décision du conseil.  Réalisé par une entreprise rémoise ayant déjà réalisé une méga  scène pour ... les Rolling Stones, le podium  sera finalement  facturé 869.000F. Il est décoré avec un superbe mobilier avant  gardiste de couleur jaune lazuré réalisé par des étudiants de  l'école d'architecture et de design (ESAD).

 Une statue, un vitrail du champagne et des gadgets

Afin d'immortaliser le XVe centenaire du baptême de Clovis, ou  tout simplement de faire de l'argent, des opérations de mécénat et  des actions commerciales sont menées avec plus ou moins de succès. Jean-Claude Rouzaud (PDG du champagne Roederer) offre " sans  l'avoir vue" , à la ville de Reims, une immense statue de bronze réalisée par l'artiste Daphnée du Barry représentant Saint-Remi baptisant Clovis. L'oeuvre diversement appréciée et non bénie par  le pape " selon le rituel de l'église" , prendra finalement place, non pas rue Robert de Coucy, ni Place des Martyrs de la Résistance, mais à proximité de la basilique Saint-Rémi.

La profession du champagne qui avait décidé " de ne pas tirer la  couverture" sur un tel événement y participe généreusement. Elle offre des bouteilles pour le repas du pape, des évêques et des 1 .000 journalistes. Palmer et des viticulteurs de Chamery offrent le vin de la messe. L'opération médaillon du XVe centenaire taxant de  2F chaque bouteille de champagne portant ce label est un demi  échec. De son cìté, René Champs donne au pape un vitrail dont le  double est posé en l'église de Rilly-la-Montagne. Jean Offredo (TF1)vend sa cassette vidéo. Dans les boutiques  fleurissent des foulards, des timbres, des enveloppes, souvenirs  du XVe centenaire.

 

Jean-Paul II superstar

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26 septembre. Après un périple exceptionnel et fort médiatisé en  Bretagne et en Tourraine, Jean-Paul II débarque à 9 h 30 précises  sur la base aérienne 112 encore revêtue d'une brume froide. 

Comme le veut le protocole, c'est le premier ministre Alain Juppé  qui accueille le pape et salue " l'apôtre de la paix."

Certains ont passé la nuit tout près, à prier. Et depuis 4 heures  du matin, à pied, en car, en joyeuses grappes humaines, par  centaines, par milliers, ils ont pris place en ordre dans  d'immenses carrés tracés au sol d'un secteur démilitarisé. Chants,  prières: la joie au coeur et sur les lèvres ils ont attendu  sereins, heureux de communier ensemble à un grand moment de ferveur  toute simple autour de leur Saint père.

Le sixième voyage à haut risque du pape dans une France qu'il aurait pu  croire hostile se transforme en apothéose.

Si des pélerins de la Confrérie Notre-Dame sont là, venus répondre  "oui " au pape qui avait demandé en 1980: " France, fille aînée de  l'Eglise, es tu fidèle aux promesses de ton baptême " , Jean-Paul II  ne réitère pas le propos qui avait soulevé tant de polémiques. 

Le pape dira tout de même que " la conversion de Clovis a renforcé  le lien entre l'Eglise et la Nation." Il appellera surtout " les  fils de l'église de France à une loyale collaboration avec leur  compatriote qui appartiennent à d'autres traditions religieuses." 

Même succès en fin d'après-midi. Plusieurs milliers de personnes,  par curiosité ou par ferveur  se sont rendues aussi rue Libergier   pour voir passer le pape. Deux mille quatre cents, sur invitation,  -ce qui a choqué- purent assister à la cérémonie à la cathédrale,  le pape souhaitant être peu entouré pour aller se recueillir en fin  d'après-midi en la basilique Saint-Remi.

En avril 1997 à  l'heure du bilan financier et moral l'association  Mémoire de Clovis " assura que sur un budget de 3,8MF il n'y avait  qu'un déficit de 1.470F. De son côté Mgr Defois choisit sa formule:  Clovis est l'inventeur de la laïcité positive où les valeurs  spirituelles ont un rôle dans le devenir d'un pays."

Rendez-vous en 2 096.

 Alain MOYAT