53kopChampion de France en 1949, vainqueur de la Coupe l'année suivante, le stade de Reims force le respect dans le championnat national de football, mais  il lui manque encore la dimension européenne, la renommée mondiale. Repéré par Albert Batteux, Raymond Kopaszewski, jeune numéro 7 prometteur évoluant au Sco d'Angers, va asseoir le jeu des rouge et blanc, forger pour toujours la légende du stade de Reims.  Avec son 1,69 m et ses soixante kilos tout mouillé, il n'a pourtant pas de quoi impressionner. Balle au pied c'est une autre histoire. Intelligent, imaginatif, Kopa, c'est son diminutif, a une couverture de balle extraordinaire. Il multiplie les passes courtes et redoublées, offre des caviars au canonnier maison.

De la mine au stade 

Rien ne prédisposait ce fils d'immigré polonais, né en 1931 à Noeux-les-Mines à devenir le " Napoléon du football français" comme vont le surnommer les Anglais. Au calvaire de pousser des wagonnets à moins 600 mètres, dans les sombres galeries de la fosse 3,  Kopa, préfère  multiplier les dribbles  sur la pelouse  humide de l'Union sportive de Noeux , l'équipe avec laquelle il remporte la coupe du Nord juniors (1948). Angers engage ce petit ailier droit qui promet. Deux ans plus tard, au détour d'un match amical, le stade de Reims s'assure ses services. Avant son mariage avec Christiane l'angevine, Batteux l'héberge. Entre une partie de pétanque ou de cartes, il  le bonifie sur la pelouse du stade Auguste Delaune.  Deux ans suffisent pour lui ouvrir les portes de l' équipe nationale. Dans la foulée, iI permet au stade de remporter  le  championnat de France (1952-1953), la coupe latine en écrasant 3 à 0 le Milan AC (1953), les coupes Drago et Intercontinentale (1954).

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Le président Henri Germain peut-être heureux. Les supporters rémois jubilent et applaudissent les exploits de leurs vedettes qui évoluent sous les cent  mille volts de cent nouveaux projecteurs. L'année 1954 est pourtant marquée par une première déception. Titulaire dans l'équipe de France pour le mondial de Lausanne, Kopa, dont l'équipe s'est surtout fait remarquée dans sa préparation par des sorties nocturnes à Divonne-les-Bains, ne peut éviter le naufrage et l'élimination dès le premier tour.

 Première blessure: premières insultes. Où certains rappellent bien au joueur ses origines " polak" . Kopa avale sa salive. Il fait vite taire les imbéciles. Le stade remporte à nouveau le championnat en 1955 et en 1956. On parle beaucoup de problèmes de stationnement autour de Delaune et on envisage de créer un parking chaussée Bocquaine. Le stade  s'incline en finale de la coupe latine puis en finale de la coupe d'Europe des clubs champions (4-3)contre le Réal Madrid. 

Transfert dans l'équipe de Di Stefano

1956-1959.-Alors que Just Fontaine vient à peine d'arriver de Nice, Kopa est acheté pour trois ans par le Réal où évolue le grand Di Stefano. Un très gros transfert. Et " Kopita " enflamme l'Espagne. Il remporte trois coupes d'Europe.  Mais isolé sur l'aile droite d'une équipe où la star demeure toujours Di Stefano, Kopa a du mal à donner toute la mesure de son talent. De leur côté les Rémois font carton plein lors de la saison 1957-1958. Ils trustent championnat et coupe de France.  

La sixième coupe du monde en 1958 organisée en Suède allait lui permettre de prendre une revanche. Dans un onze tricolore où l'on compte pas moins de sept rémois, celui que les plus méchants n'hésitent pas à qualifier de " mercenaire" fait des prodiges. La France ne devait pas passer le premier tour. Elle ira jusqu'en demi-finale ne s'inclinant que face au Brésil où évolue un certain Pelé.  Si Fontaine est nommé le meilleur artilleur. Kopa est élu " meilleur joueur du tournoi" par la presse mondiale.

Il retrouve le maillot rouge et blanc quelques mois plus tard et ses affaires qu'il gère bien : du jus de fruit aux chaussures, des vêtements aux ballons qui portent sa griffe. Et jusqu'à ses adieux en 1967 Kopa va connaître  le meilleur et le pire. Sur le terrain comme dans sa vie personnelle. Il remporte deux titres de champion de France: en 1960 (année terrible où Fontaine se casse le tibia et le péroné mettant fin à sa carrière à 26 ans); en  1962 après une grave blessure à la cheville. 

1963: l'année à oublier

Février 1963, c'est le drame. Kopa et son épouse ont la douleur de perdre leur petit Denis atteint de leucémie. L'affection de Batteux qui l'entoure avec tous les stadistes, la création d'un fan club Kopa ont du mal à cicatriser la douleur. Batteux est limogé alors que le stade  est termine second du championnat. Kopa  qui en a marre que les footballeurs professionnels soient des esclaves entre en délicatesse avec la ligue de football, essuie reproche et sanction. 

Pendant ce temps les Britanniques le sélectionne à l'occasion du 100e anniversaire de la fédération anglaise.   Kopa claque la porte de l'équipe de France, écope d'une suspension. La roue tourne. Le stade se retrouve l'année suivante en 2e division. Vainqueur de la coupe Mohamed V en 1965, les rouge et blanc  champions de France de DII retrouvent l'élite en 1966. Après dix huit années de professionnalisme Kopa raccroche ses crampons en 1967. Il entre au comité directeur du stade puis au conseil fédéral de la fédération. 

C'est en 1970 que la nation, des mains d'Henri Germain, lui remet officiellement les insignes  de chevalier de la Légion d'honneur. 

 Alain MOYAT