(Légende photo: Inauguration des rues piétonnes Max-Dormoy et Condorcet en décembre 1980.)

Faciliter la circulation des bus au centre-ville, dissuader les autos en transit, créer des rues piétonnes: de 1979 à 1983, la gauche et Hubert Carpentier (PS) ont changé les habitudes

"Nous ne renoncerons pas, même si on doit prendre des tomates sur la tête..."

Affichant une volonté à toutes épreuves, le socialiste  Hubert Carpentier, adjoint à la circulation, présente les grandes lignes d'un nouveau plan de circulation. Plusieurs idées force sont retenues: créer une grande rocade de contournement de Reims 

pour que les camions ne viennent pas au centre; mettre en place  une rocade moyenne avec des  "chicanes et des obstacles " pour  dissuader les véhicules en transit, faciliter la circulation et la  vitesse commerciale des bus au centre-ville en créant des couloirs  spécifiques et créer des voies piétonnes rue de Vesle, au Théâtre,  Condorcet et d'Erlon. Le plan de circulation est adopté par 38  voix et 3 abstentions au conseil municipal du 13 décembre 1979. 

Un jour noir

Annoncé depuis octobre " après une large consultation " affirme  Hubert Carpentier, le projet a déjà provoqué un tollé de  protestations chez les commerçants qui décident en guise de  désapprobation d'organiser une " opération ville morte " , d'éteindre  leurs enseignes le soir du vote.

Henri Grosman du Groupement des commerçants du centre prend la tête de la croisade. Avec des  arguments.  "On fait tout pour dissuader les voitures. On les  envoie directement vers les hypermarchés ." Alors qu'il n'y a pas  assez de place de parking (Ndr: Jadart n'est pas terminé,  Buirette, d'Erlon n'existent pas encore), les commerçants n'acceptent pas  que des couloirs de bus soient mis en place supprimant 441 places  de stationnement (330 selon M.Carpentier). Ils ne veulent pas non  plus de la mise en sens unique des rues Chanzy, Gambetta, Carnot,  Cérès,  Vesle, Talleyrand (en plus orientés vers la sortie de Reims). 

" On met la charrue avant les boeufs. Le PCF préfère la révolution à l'évolution" commente l'opposition (Jean-Louis Schneiter) et  Jean Falala : "On vise à étouffer le centre-ville." L'Automobile-club traite même la municipalité d' "autophobe " . 

 Hubert Carpentier ne cède pas " aux mouvements corporatifs." 

Manifs et inaugurations

Avril, Juillet 1980.-Les travaux de mise en voie piétonne de la  rue de Vesle commencent. Les premiers couloirs de bus, les sens  uniques apparaissent, occasionnant parfois quelques face à face  bien délicats. Les commerçants s'agitent. Les comités  Chanzy-Gambetta-Saint-Thimotée protestent devant la mairie: 

" Rendez nous nos clients " . Incivilité: en décembre, le GCCR   "invite tous les automobilistes à utiliser les couloirs de bus. " 

Le 5 janvier 1980, l'association de sauvegarde de Reims, reprenant  le slogan choc de la première guerre mondiale:  " Reims, ville  martyre" , manifeste pour  "un libre accès à Reims, la suppression  des sens uniques, la mise en place d'un parking dans les  Bases-Promenades.  " La municipalité tient bon. Entame en août les 

travaux de mis en voie piétonne des rues Max-Dormoy et Condorcet  (en dalles basaltine et de terre cuites). Les inaugure quatre mois  plus tard avec en prime une belle fontaine Condorcet (baptisée un  peu plus tard " de la Solidarité " ). Quelques commerçants ont  encore éteint leurs enseignes. 

Février 1981.-La mairie accepte une modification dans son plan.   "Une grue enlève les bornes de béton interdisant le passage de la  rue Rockfeller à la rue des Fuzeliers pour rejoindre la rue du  Trésor. "

Août-Octobre 1981.-20 km de chaussée sont refaites en ville, les  couloirs bus peints en rouge. 

Retardée dans son projet concernant la rue de Vesle - la mise en  voie piétonne avait pour effet de déclasser en voie communale à  Tinqueux la RN 31, avec les charges que cela imposent - la ville  peut enfin lancer les travaux. D'avril à décembre 1982, la rue est  décaissée, transformée en rue piétonne de la rue des Capucins à la   rue Myron T Herrick. Seuls les bus y circulent, à 15 km/h. Elle  inaugurée à la mi décembre, trois mois avant les élections  municipales.

Elue en mars 1983, la municipalité Falala et Jean-Claude Thomas,  adjoint à la circulation, apportent bien quelques aménagements  dans le plan de circulation dès le mois d'avril (en ouvrant le bout  de la Place et la rue Théodore Dubois pour promouvoir le parking Buirette, en inversant quelques sens uniques  etc), mais rien de  bien bouleversant. 

Le plan, " révolutionnaire" n'était finalement pas si mauvais. La  mise en place de " Remi" , système de gestion électronique de  régulation du trafic routier et urbain inspiré d'un système 

Gertrude installé à Bordeaux allait enfin permettre de résorber  durant pas mal d'années les problèmes d'embouteillages. Un  investissement de 10MF (1,5M€).

-Le Plan de circulation présenté aux Rémois en 1979 avec une  rocade de protection du centre, une rocade médiane, le Bd des  Tondeurs en pointillé impulsé par le district au début des années 80.

Alain MOYAT