Le 29 mars 1960, Nikita Serguïevitch Khrouchtchev, le N°1  soviétique était reçu à Reims. Cordiale et chaleureuse, la journée  fut marquée par un grand discours mais aussi quelques bons mots.

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 29 mars 1960.-Depuis la visite du tsar Nicolas II le 19 septembre 1901, la ville de Reims n'avait pas officiellement accueilli de haut responsable soviétique. C'est pourquoi, la venue de celui que la presse appelait " Monsieur K " : Nikita Khrouchtchev, premier secrétaire du comité central du parti communiste de l'URSS fut à la hauteur de l'événement. "L'accueil fut chaleureux. Il y avait des communistes bien sûr, et des sympathisants, mais aussi beaucoup de Rémois curieux de voir de près ce "Monsieur K " qui avait dénoncé les crimes de Staline, étaità l'origine d'une certaine détente dans les relations Est-Ouest, et émaillait si drôlement son discours de vieux proverbes russes"  témoignage  Daniel Pellus, journalisteà l'union à l'époque. "Le danger allemand" Monsieur K, même s'il compare la cité des sacres à Novgorod et ne  crache pas sur les mets préparés au  "Lion d'Or  " n'est pas venuà  Reims faire du tourisme. Bien sûr, son épouse Nina Petrovna, " au  manteau déchiré " , l'accompagne dans son périple avec leurs quatre  enfants, mais le numéro 1 soviétique arrivant de Verdun n'a pas choisi par hasard Reims, ville historique. Dans un discours qui  fera date, Monsieur K dénonce les risques d'un réarmement allemand  impulsé à son avis par le chancelier Adenauer. "Ne laissez pas réarmer l'agresseur qui nous a attaqué à deux reprises.  [...]Réunissons nos forces non pour faire la guerre aux Allemands,  mais pour leur faire comprendre qu'il est impossible d'attaquer la  France et l'Union soviétique. " Le message  était lancé. 

Le numéro 1 soviétique et sa famille pouvaient repartir en train.  Non sans quelques cadeaux.  M K avait offert au maire de Reims de  la vodka, du caviar, un Spoutnikà musique et une corbeille en  bois peint. M. Taittinger personnalise les présents de la ville:  13 caisses de champagne, un coffret en argent aux armes de la  ville pour Rada, six microsillons d'oeuvres de rémois : Philippe  Entremont et Eric Heidsieck pour Julia et Héléna et des boutons de  manchettes d'or pour Sergueã.

Un an plus tard avec le soutien du frère soviétique la RDA coupait  d'un mur la ville de Berlin. Le 7 juillet 1962 le général de  Gaulle et le chancelier Adenauer participait ensemble à  "une messe  solennelle pour la paix." Mais si les troupes allemandes et françaises ont défilé ensemble, c'était à Mourmelon.

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  L'humour de Monsieur K

(photo Daniel Pellus, de l'union avec Nikita Khrouchtchev)

Deux choses m'ont frappé chez cette homme que j'ai eu l'occasion d'approcher " raconte Daniel Pellus. "Malgré son allure bonasse, il était parfaitement renseigné sur les personnes qu'il allait  rencontrer. Et il savait manifester dans ces rencontres beaucoup  d'humour, voire parfois une certaine goguenardise."Au repas servi dans la salle des fêtes de l'hôtel de ville, Nikita Khrouchtchev était assis à côté de l'épouse du préfet, Mme Simoneau, qu'il étonna beaucoup en lui disant: "Je sais que vous êtes la petite fille d'Alexandre Ribot , qui a  signé l'acord franco-russe d'août 1891. je suis très content de   vous rencontrer et je vous invite à Moscou"

Et il ajouta en souriant:  " Vous pourrez prendre votre mari avec vous si vous voulez."

S'adressant ensuite au maire de Reims, Jean Taittinger (37 ans), qu'il avait l'air de considérer comme " un gamin", il s'étonna de  sa jeunesse: "Je m'excuse de le dire en public, parce que je sais  qu'un jeune n'aime pas s'entendre traiter de jeune et qu'il aime  en général se vieillir un peu". Jean Taittinger sourit et demanda  à M.K. " Votre femme vous fait-elle des reproches sur le métier que vous exercez?"

-" Elle m'en fait toujours " répond M.K, " mais elle me donne aussi  de bons conseils. C'est pourquoi je lui ai demandé de  m'accompagner dans mon voyage.  "

Et la conversation se poursuivit tout au long du repas sur le même  ton décontracté. On parla champagne, football. M.K déclara que, la  prochaine fois qu'elle rencontrerait l'équipe de Reims, celle de  Tbilissi ne se laisserait pas faire.

C'est à la cathédrale que l'on put apprécier encore le sens  particulier de l'humour de Nikita Khrouchtchev. Avant d'entrer  dans l'édifice, il lança, goguenard, à M.Jacquinot, Ministre  d'Etat, son mentor dans le périple en France: "Vous n'avez pas  peur que je sois touché par la grâce?"

A l'issue de la visite, il s'attarda sous le porche central,  admirant les statues, saluant la foule qui l'acclamait. 

M.Jacqueminot, impatient, regardait sa montre. On était en retard  sur l'horaire. Il pressa le numéro 1 soviétique, qui lui répondit  en riant: "D'accord, Monsieur, mais c'est vous qui m'arrachez à   Dieu!..."

Alain MOYAT