90 police

 

(Légende photo: entouré du préfet Bonnet,et du socialiste Jean-Claude Fontalirand, Philippe Marchand inaugure le nouveau commissariat)

Juillet 1991.-Le ministre de l'Intérieur Philippe Marchand ne s'est pas déplacé pour Reims durant ces vacances d'été. En dévoilant la plaque inaugurale du tout nouvel hôtel de police de Reims, c'est le cinquième du budget immobilier annuel de la police qu'il offre aux 470 fonctionnaires placés sous les ordres du commissaire Philippe Crépin, directeur départemental des polices urbaines. Ce nouvel équipement bâti Bd Roederer aura  finalement coûté la bagatelle de 103 millions de francs (15,7M€). Patients, les policiers  serrés comme des sardines dans l'ancien hôtel de police l'attendaient depuis plus de dix ans. Histoire.

A l'étroit

1980 : Le moral est au plus bas chez les commissaires-inspecteurs de police commandés par le commissaire central Tichit. Les dernières statistiques de la délinquance ont fait un bon de 27,33% et 36.000 dossiers ont été enregistrés l'année précédente.  La maison  manque de moyens, d'inspecteurs et de place. Bilan: les hommes vont de moins en moins sur le terrain. "Après avoir échappé à la justice "(allusion au projet avorté de la Cour d'appel) "la cathédrale sera t-elle victime de la police? " titre l'union

Installés depuis 1943 là où il y avait le " Savoy Hôtel " , un local froid et inadapté, les policiers lorgnent en effet  sur le grand Hôtel des finances libéré juste en face depuis 1975.

Le maire Claude Lamblin, tout comme le député Jean Falala, Michel Laval de la chambre de commerce, M.Clauzier de l'office de tourisme ou Hélène de Nazelle  présidente de la société des Amis de la cathédrale, ne trouvent l'idée judicieuse. Ils estiment que l'endroit serait mieux utilisé pour y créer des animations culturelles, accueillir des boutiques et l'Office de tourisme. Ils proposent d'autres sites: l'ancien terrain du Creps rue de Sillery, la caserne Colbert où les anciens terrains Goulet-Turpin Bd Roeder. Ils le font savoir au Ministre de l'Intérieur Christian Bonnet qui n'en tient pas compte. Ce sera encore rue Chanzy.

1984: la promesse de M.Franceschi

Plus facile de stationner les véhicules de police à proximité du commissariat Rockfeller. Alors les voitures et les paniers à salade se garent dans la cour du Musée Saint-Denis (aujourd'hui musée des Beaux-Arts). Ca fait un peu désordre. La presse s'en amuse. Pose la question à la veille du 1 avril 1984: " le commissariat va t-il s'installer au cirque? " Avance des arguments. Croit savoir que la piste sera conservée avec l'entraînement des motards les jours pairs et celui des chiens de dressage les jours impairs. Les travaux de plomberie y seraient faits avec un soin particulier de façon à éviter les fuites!  Le bâtiment s'appellera le cirque municipal!

Trois mois plus tard,  à Reims pour présider le congrès de la Mutuelle générale de la police, M.Franceschi, secrétaire d'Etat chargé de la sécurité annonce la construction d'un commissariat central à Reims. Sur le terrain Goulet Turpin.

Ce n'est que onze mois plus tard qu'une autorisation de programme de 3 MF est accordée pour l'étude technique d'un projet sur 7.500 m2 sans les garages d'un montant estimé à 40 MF TTC (6,55M€).

Et deux années passent...

Avril 1986 : Grâce au passionné Alain Guiot, commissaire principal, la police dispose d'un ordinateur pour lutter contre la délinquance. L'outil permet de situer avec précision dans lespace et dans le temps les actes délictuels et criminels.

 Juin 1986: souvenirs et espoir pour les policiers rémois. Au cours de sa visite à Reims où il est venu inaugurer le cours Marc Wawrzyniak à la mémoire du policier rémois abattu d'un coup de fusil de chasse par un malfrat belge qu'il poursuivait en voiture Place de la République le 19 juillet 1983,  Robert Pandraud, ministre délégué auprès du ministre de l'intérieur,  apporte une bonne nouvelle. Il présente la maquette du nouveau commissarait de Reims. Explique que le retard dans l'échéancier est dû à une valse hésitation. Fallait-il ou pas doter l'équipement d'un abri anti atomique!!! Finalement les policiers (qui n'avaient rien demandé )devront s'en passer.

Plus de trois ans plus tard...

Le projet dessiné par  l'architecte Gilles Dupré a la forme d'un navire ancré à l'entrée de la ville " pour symboliser le fronton atnique." Surveillé comme le lait sur le feu par le sous-préfet Hafnaoui Chériet, le projet de vaisseau de pierre et de verre de six étages prend un peu de retard en raison de quelques couacs internes à la police. Où va t-on installer la direction régionale du service des Renseignements généraux que Pierre Joxe a finalement décidé de déménager de Châlons-sur-Marne à Reims alors qu'une place leur était réservée dans le nouveau commissariat de la préfecture? On parle de " bavure immobilière."  

Enfin, en octobre 1990 les 470 fonctionnaires sont invités à déménager quelques 5.500 cartons d'archives dans le nouveau commissariat. Le commissaire Philippe Crépin, patron de la police reste songeur en imaginant quel pourra être le coût de fonctionnement d'un équipement qui affiche 14.600 m2 de surface habitable. Et que dire des parkings? Si 135 places sont affectées aux policiers, les visiteurs n'en ont que cinq. Pas une de plus!

Une semaine plus tard, le boss et le commissaire Rotival doivent faire face à de protestations syndicales. L'outil est beau même si la climatisation n'a pas été prévue, mais l'ambiance est lamentable. " Carcan, manque de considération, déprime, autoritarisme: on nous prend pour des gamins. " Les nouvelles méthodes de travail ne plaisent pas. Certains estiment que la mise en place de l'informatisation ,si elle permet de lutter contre la délinquance, permet aussi de contrôler toute l'activité. Plus de deux tiers des 300 gardiens menaceraient de demander ensemble leur mutation.

Neuf mois plus tard, la sérénité est revenue au commissariat. M.Marchand peut l'inaugurer sereinement.

Quant au commissariat Rockefeller, le département aurait bien voulu le vendre aux enchères. Manque de chance, le district urbain l'a préempté en 1993 pour 7 MF. Il ne reste plus aujourd'hui qu'une  façade orpheline tournant le dos à la future médiathèque.

Alain MOYAT