6014 - laval textile

Jadis fleuron de l'industrie lainière, réputée pur sa flanelle- santé, Reims cité textile a vu disparaître son activité. Arrière petit-fils de teinturier, Michel Laval, à 82 ans, se souvient. "Il y avait avant trois professions à Reims: le textile, les maisons à succursales multiples et le champagne. Les deux premières ont disparu."

 

Cheveux blancs, le costume tiré à quatre épingles, Michel Laval, 82 ans, grande personnalité rémoise peut aisément parler de l'industrie textile. Entré en 1936 dans la teinturerie familiale implantée rue Ernest-Renan il a dû y multiplier les intuitions et les reconversions pour y maintenir, après plusieurs alliances une activité jusqu'en 1976.

Bac philo dans les flaques d'eau

Bac philo en poche, Michel Laval s'est retrouvé un beau matin d'octobre 1936 aux portes de l'usine du grand-père Charles. "J'ai fait presque tous les postes." Dégraissage, lavage à la carbonade et aux savons liquides, blanchissage à l'eau oxygénée ou au soufre, chasse aux tâches avec de l'acide chlorhydrique et du cyanure, découverte de l'alchimie de la teinture pratiquée dans des centaines de bacs en bois, Michel Laval apprend. En bleu de travail, les pieds dans les flaques colorées, il s'imprègne des fumées, des odeurs, et surtout des techniques. " Il y avait une dizaine de fabriquants, trois à quatre teintureries. On travaillait surtout l'hiver pour Reims, le Nord et Paris à un rythme de 25.000 à 30.000 m de tissu par jour. Reims était la capitale de la flanelle santé dont été faits les sous-vêtements des français, les ceintures pour les maçons et les militaires et les gilets de laine boutonnés." 

Blessé dans un char en 1940, l'officier Michel Laval, relance la teinturerie de 1941 à 1944, obligée d'arrêter faute de matières premières pour alimenter les chaufferies.

De reconversion en reconversion

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" L'activité a vraiment repris en 1947 malgré la disparition d'importants tisseurs: Lelarge, Walbaum etc. Nous nous sommes spécialisés dans les tissus pour dames et nous avons connu des années fastes jusqu'en 1950. "

Première alarme avec les délocalisations, l'arrivée de la maille et des mélanges coton sonnent le glas de la laine à Reims. "Nous avons dû nous reconvertir une première fois dans les fibres synthétiques nouvelles: nylon, Tergal, polyester." Travail et coup de génie, l'industriel trouve un tissu pour les 2 CV puis invente un traitement spécial pour les tissus des DS (sorties en 1956) fabriqués par Mailles Vosges. "Sorti de la teinturerie, le nylon ressemblait à du daim."

1959, le marché est en régression; Michel Laval fait alliance avec Prouvost et la lainière de Roubaix puis neuf ans plus tard avec Courtaud. Mais au fil des années les quantités à traiter diminuent. Faute de tissu  à travailler après les difficultés de Teamwear et de Warnier-David, la teinturerie fermera ses portes en 1976. 

Entre temps, Michel Laval a décidé d'exploiter un brevet américain de collage de tissu sur mousse à l'aide d'une flamme. PTPM (Produits textiles et plastiques) pouvait naître à Ay-Champagne et travailler pour l'automobile, en quelque sorte embryon de la société d'études et de recherches sur l'automobile implantée aujourd'hui en zone Farman. 

Parallèlement président de l'union patronale de 1971 à 1980, président de la chambre de commerce de 1980 à 1988, l'industriel s'attache à favoriser un nouveau départ industriel. " Ce n'était pas facile car la main d'oeuvre de l'industrie textile et des succursales multiples n'était pas très qualifié." Signataire des accords en la Spie-Batignolles et la CCI qui a vu s'édifier l'Espace d'Erlon " voué bientôt à un nouveau développement, à une revitalisation du centre" , Michel Laval, est depuis 1986 un retraité heureux. Et actif. Il a poursuivi son action à la société des Amis du musée des Beaux-arts et au Fonds régional d'art contemporain. Il participe aussi toujours activement à la société des Amis de la cathédrale et à la société nationale de la restauration de la cathédrale.

Pour sauver la dentelle... des pierres rongées par une pollution permanente.

 Propos recueillis par Alain MOYAT