8409 - dioxine (bonne)

(légende photo: Pompiers, sauveteurs, n'avaient pas été informés qu'il fallait  prendre d'extrêmes précautions. Les salariés de la filiale d'EDF venus un an et demi plus tard faire des relevés sont habillés en  cosmonautes.)

L'explosion d'un transformateur au pyralène dans un immeuble, rue  de la Magdeleine provoque un dégagement toxique de dioxine et de furanes. 115 personnes fortement exposées se battent. Pour savoir.

Lundi 14 janvier 1985. -A la radio, Dutronc chante "On nous cache  tout, on nous dit rien". Vaquant à leurs occupations dans leurs  appartements au  21, rue de la Magdeleine, les locataires sont  soudain surpris par une explosion qui provient de la cave de  l'immeuble. Le temps de sortir sur le palier, et c'est terrible. 

"La fumée était épaisse, piquante. Vraiment suffocante. Ca vous  paralysait sur place " témoigne  dans l'union  un chirurgien  dentiste. Les pompiers trouvent l'origine du sinistre :  un  transformateur éventré. En surcharge il a chauffé puis explosé.  Passant par les gaines électriques et de chauffage, une suie noire  s'est déposée partout. Les locaux sont vite évacués. Cinq adultes  et deux enfants sont même sortis par des échelles. Sauveteurs et  locataires ignorent qu'ils vont être, sans le savoir, les acteurs,  "les victimes "disent même certains, d'une pénible affaire  baptisée "Reims-sur-dioxine ".

Contamination

Rapidement le mot est lâché: dioxine. En chauffant dans le  transformateur, le pyralène ne s'est-il pas transformé en acide  chlorhydrique et en dioxyde de carbone? Les habitants, les  locataires n'ont-ils pas été contaminés comme à Sévéso-de-sinistre-mémoire? Deux locataires posent clairement la  question: Karine Robak et Arlette Botella. EDF minimise. Joue la  carpe. Question d'image. La vérité transpire pourtant vite grâce à la pugnacité d'un journal spécialisé. Dès le 5 avril on l'apprend:   "certaines personnes sont susceptibles d'avoir été contaminées  par les dioxines et les furanes . "Un laboratoire canadien puis un professeur suédois le confirment: "il y a bien eu un taux élevé de contamination ".

Les locataires demandent à EDF de s'expliquer, de prendre des mesures, d'informer, bref, de d'assumer ses responsabilités.  

Des réactions

Les biens ses locataires sont mis sous scellés dans l'immeuble.  Pour décontamination ou incinération. EDF parle. Pour dire que la  décontamination va coûter plusieurs millions de francs. Des  personnes ayant été dans l'immeuble le 14 janvier se plaignent de  maux de tête, de démangeaisons, de conjonctivites.

On annonce le recensement de tous ceux qui ont habité ou côtoyé l'immeuble. La  ministre Huguette Bouchardeau, entendue et suivie par l'Europe,  demande que soit interdite la fabrication des transformateurs au  pyralène. Elle demande que le site soit décontaminé. On apprend  que plus d'une centaine de personnes présentent bien dans le sang  des traces de dioxine et de furanes. Le 25 mai 1985 le Parquet   ouvre une information "pour blessures involontaires." C'est  décidé: 200 personnes vont être suivies médicalement et examinées à l'hôpital Sébastopol.

Entre temps, à la mi mai, la foudre s'est abattue sur un  transformateur à Pomacle. Du pyralène s'est échappé de la cuve et  s'est écoulé, lavé par une pluie dilluvienne. EDF établit un  périmètre de sécurité. Assure qu'il n'y a pas eu d'infiltration dans le sol.

Alain MOYAT