5004

Dimanche 1 juillet 1951.-Epuisé vainqueur du XXXVIIe prix de  l'Automobile de France comptant pour le championnat d'Europe,  l'Argentin Juan Emmanuel Fangio peut avoir le sourire sur la ligne  d'arrivée du circuit automobile de Reims-Gueux. 

Après deux arrêts consécutif aux 12e et 13e tour, au terme d'une course fertile en  rebondissements au cours de laquelle,- le règlement  permettant  l'interchangabilité des pilotes- , il doit abandonner au 27e tour  son Alfa-Roméo  N°4 à double compresseur pour prendre le volant de  la numéro 8 de Luigi Faggioli, Fangio a plusieurs raisons d'être  heureux. Il renouvelle l'exploit accompli au volant d'une Alfa Roméo l'année précédente,  glane de précieux points qui vont lui  permettre de remporter le premier de ses cinq titres de champion  du monde et, cerise sur le gâteau, il a  le plaisir et la surprise  de découvrir sitôt la course un numéro spécial de l'union saluant son exploit. AU sommaire: tous les résultats et les échos de la 

 

course organisée par l'Automobile club de Champagne .

 

"Graciosa al union  "salue en toute simplicité le champion qui  vient de devancer Ascari qui a dû emprunter la  Ferrari  de  Gonzalès au 34e tour au et Farina (Alfa-Roméo). Extraordinaire  exploit. Fangio a accompli les   601 km 808 km de l'épreuve en 3 h  22'11" à la moyenne de 178,593 km/h.

 

Les 30 tonnes de tarmacadam épandues en mai par l'entreprise  Albert Cochery sur les pierres du château des archevêques de  Courville pour améliorer la qualité du circuit et augmenter la vitesse des pilotes se sont avérées performantes. Au cours de  l'épreuve, six pilotes sont parvenus à à battre le record du tour  détenu jusque là par l'allemand Lang.

 

 

5016 Fangio vainqueurBlessé à Monza Fangio manqua  l'édition 1952 du circuit de Gueux. Il remporta celle de 1954 sur 

 

Mercedes-Masérati cette fois, se permettant le luxe de franchir la  barre des 200 km/h. C'est aussi à Reims, en juillet 1958 que  Fangio met un terme à sa carrière. Son ami  Luigi Musso vient de 

 

se tuer et lui-même s'est gravement arraché la main.

 

"Fatigué de la course ", il raccroche et rejoindra le paradis des pilotes en  juillet 1995 où l'attendait sans doute déjà, depuis dix huit ans,  piaffant d'impatience "Toto" Roche, impétueux membre fondateur du circuit et ancien président de la Fédération française de sport auto.

 

 A l'époque les pilotes étaient interchangeables. Fangio a profité du règlement.

 

 

 

  1926 - 1972: vie et mort du  circuit de Gueux

 

 Les morsures du temps arrachent les tribunes. Les arbres plus  forts que les serpes des hommes continuent à envahir le circuit. 

 

 Malgré plusieurs tentatives sérieuses, la dernière date de 1997,  le circuit de Reims-Gueux n'a toujours pas retrouvél'ambiance des grands prix. Et pourtant,à jamais, il conservera sa notoriété. 

 

 Durant 46 ans, de 1926à 1972 se sont écrites ici les plus belles  pages  de "courses de voitures sans chevaux à propulsion mécanique." comme on disait. Après de mémorables meeting  aéronautiques, le triangle Thillois-Gueux-La Garenne et (au  départ)sa piste de 7 826 m dont 2 182 m de ligne droite allaient  voir triompher aprés Lescot et sa Bugatti 2 litres C les meilleurs  pilotes automobiles au monde (, mais aussi des cyclistes (Delleda,  Gustan Schur, Jean Stablinski etc  et des motocyclistes (Monneret,  Rougerie, Bourgeois etc.

 

 A toute vitesse

 

 Élaboré lentement, le circuit fort d'infrastructures modernes (chronométrages, salle de presse, restaurant couvert de 400 places)a la réputation d'àtre rapide. Très rapide. Aux grands prix de la Marne succèdent vite des grands prix de France et d'Europe précédés de grands rallyes et de concours d'élégances. Les campeurs bivouaquent avant les épreuves, des fermes se transforment en atelier de mécanique. De 34 à 37 le marasme économique pénalise le circuit.

 

De 1940 à 1941 sont organisés les  premiers pas Dunlop. Aprés avoir servi en 1944 de QG aux FFI   préparant la libération de Reims, le circuit allait retrouver ses  premiers bolides en 1947. Avec l'arrivée des voitures d'usine  l'année suivante et la victoire de Jean-Pierre Wimille sur  "Alfetta " qui se tuait en voiture l'année suivante. 

 

Si la nouvelle  épreuve des racers 500cc n'épate pas en 1950, Fangio affirme ses  ambitions, empoche les 1,5 MF (anciens) de prix en 1951.

 

 1953: Raymond Roche dit "Toto " organisateur des compétitions pour  l'Automobile club de Champagne apporte ses lumières sur le circuit  qui a étémodifié l'année précédente pour éviter le village de  Gueux. Moss et Whithead remportent sur Jaguar les premiéres "Douze  heures de Reims " dont le départ est donné à minuit.

 

 Aprés le drame des 24 heures du Mans et les 82 morts occasionnés à  la suite d'un accident d'une Mercédés qui a terminé sa course dans  les tribunes, il n'y aura pas de course à Reims-Geux en 1955. Mais  le sport reprend ses droits. Avec les Douze heures, des épreuves  de formule I et II. Les publicités lumineuses rehaussent et  financent la fête. lLes années 1960à 1972 marquent le déclin du  circuit.

 

 Représentant des pilotes, Joe Schlesser et la fédération estiment  en 1967 que le circuit n'est plus conforme. Imposent des rails de  sécurité et de trop lourds investissements. Si "Toto Roche " a pu  gagner du temps et proposé une épreuve de Formule France en  septembre 1968, événements oblige, la cause est entendue . Il jette  l'éponge en apprenant que le grand prix de France 1969 est  attribué à Clermond-Ferrand. Beltoise, accidenté à Reims en 1964  et Jackie Stewart exigent des chicanes pour couper les longues  lignes droites. Ajouté aux déficits importants de l'organisation,  cette exigence signe officiellement en janvier 1970 la mort du  circuit. Les deux trophées motocyclistes organisés jusqu'en 1972  n'allaient rien changer.

 

 Reste le souvenir, l'évocation par des mordus du circuit des plus  belles pages écrites par des pilotes d'anthologie comme Jack  Brabham, Graham Hill, Jim Clark, Jacky Stewart, Henri Pescarolo  etc. 

 

Et depuis, pour tous les passionnés de belles voitures,  principalement les britanniques, Reims-Gueux demeure la Mecque  incontestée de la compétition automobile. Une association de  sauvegarde et l'Automobile club ne désespère pas de refaire un  jour revivre le circuit.

Alain MOYAT