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Septembre 1998.-Contesté depuis plusieurs mois par SOS urbanisme et nature et 6 500 Rémois pétitionnaires,  le projet de verre et d'acier de la médiathèque centrale  imaginé par l'architecte Jean-Paul Viguier, reçoit le feu vert de Catherine Trautman, ministre de la Culture. A deux conditions toutefois: la toiture de l'édifice devra être légèrement refondue pour se raccorder à l'hôtel de police et la ville doit s'engager à aménager le parvis de la cathédrale.

Évaluée à 99,08 MF ( 15M€) en 1996, la médiathèque sera financée à 40 % par l'Etat. Elle  sera  dotée d'un auditorium, d'une salle d'expo et d'un café-bar et dans ses 4.700 m2 utiles elle abritera 80.000 livres et 20.000 documents audio-visuels. Elle  sera complétée par une autre médiathèque, un peu plus petite,  dans le quartier Croix-Rouge .Ces deux équipements  sont loin d'être du luxe dans une ville où la pratique de la lecture est, paraît-il,  deux fois plus faible que dans d'autres villes de même importance. Il n'en reste pas moins que le projet moderne proposé par le concepteur du bâtiment représentant la France à l'exposition universelle de Séville a fait couler beaucoup d'encre.

L'expérience du maire 

Son prédécesseur Jean Taittinger avait commis la maladresse de présenter au public son projet de cour d'appel en béton  sur le parvis de la cathédrale. Il avait dû rapidement faire marche arrière. Le député-maire Jean Falala se garde de prendre un tel risque. C'est à la quasi unanimité (ne manquaient que les  voix du Front national) que le conseil municipal se prononce en août 1997 en faveur du projet de médiathèque sur le parvis de la cathédrale. 

Deux associations étonnées du manque de consultation publique expriment bien leur inquiétude ou leur colère. Presque en vain.

(légende photo: Les fouilles sur le futur site de la médiathèque cathédrale ont mis au jour des ustensiles, des statues équestres et un rempart du IV ème siècle)

Sans doute l'association la plus virulente, mais aussi la plus au fait du dossier, "SOS Urbanisme et nature" mobilise largement au delà de ses adhérents. Sa présidente Mme Ambros alerte l'Unesco, réclame  la conservation de l'ancien bâtiment de l'hôtel de police, déplore l'absence d'un schéma directeur,  demande  la réalisation d'une maquette pour mieux se rendre compte de l'intégration du bâtiment avec son environnement. Elle déplore aussi la procédure simplifiée d'enquête publique réalisée sans étude d'impact.

"Imaginez le cube du Crédit Agricole de la rue Libergier à côté de la cathédrale" dit-elle pour mieux frapper les esprits et prévenir aussi d'un éventuel effet de serre dans le bâtiment.  Ses arguments vont droit au coeur de 6.500 personnes qui l'appuient en signant une pétition.

De leur côté, avant finalement  d'exprimer leur souhait de participer au projet (octobre 1998) les Amis de la cathédrale et Nadine Heidsieck, avaient dès novembre 1997 émis eux aussi des réserves avec  plus de civilité. "Fort de l'exemple d'Amiens, fallait-il choisir le parvis de la cathédrale, bâtiment classé patrimoine mondial de l'Unesco pour y inscrire cette masse architecturale? " 

Fouilles prolongées 

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Commencées dès juin 1998 rue des Fuzeliers, avant même la décision ministérielle, les fouilles sur le futur site de la médiathèque se poursuivent après août 1999 cachées derrière une immense toile décorative de 540 m2 réalisée par Catherine Feff sur le thème de la statuaire de la cathédrale et de la lecture. La pêche est bonne. François Berthelot du service régional d'archéologie et Agnès Balmelle, archéologue responsable du chantier et leur équipe passionnée mettent au jour des pièces, des carrelages vernissés, un puisard avec  des céramiques, des ustensiles, des poteries,  des statues équestres mais surtout un rempart du Bas Empire (IV e siècle): " Une fortification carolingienne aussi bien conservée, avec un fossé en V et deux remparts en même temps, c'est unique en France" commente la spécialiste. L'intérêt des découvertes semble  d'ailleurs si important qu'un délai supplémentaire d'un mois et demi est accordé en mai 2000 aux archéologues pour procéder au démontage de ces mémoires de pierre. Les sous sols de la médiathèque n'ont d'ailleurs pas fini de livrer leurs richesses puisque la découverte du chevet d'une ancienne chapelle laisse encore augurer  quelques découvertes intéressantes lors des travaux de terrassements de la médiathèque. Reims, ancienne Durocortorum, capitale romaine de la Gaule belge n'a pas fini  de  révéler son passé.

Alain MOYAT

(légende photo: le Café du Parvis avant qu'il ne soit abattu)