Quelques mois après avoir inauguré la place et le parking d'Erlon, le Centre des congrès et le Conservatoire, Jean Falala gagne les municipales au premier tour malgré la présence de huit listes.

 Il a tenu ses engagements,  au moins en ce qui concerne la quasi totalité des  équipements qu'il avait promis de réaliser: (centre des congrès, place et parking d'Erlon, conservatoire national de région). A 66 ans, Jean Falala peut endosser une nouvelle fois sereinement son costume de candidat pour un troisième mandat de maire. 

Une fois n'est pas coutume, il n'est pas pressé. Et l'on s'aperçoit vite que si le poste est très convoité, les autres candidats n'abordent sans doute pas la campagne dans les meilleures conditions. Rétrospective. A gauche, des ratés à l'allumage

Octobre 1994: le parti socialiste annonce qu'il a choisi son candidat à l'élection. Ce sera une candidate: la rocardienne Christine Kutten préférée à Jean Maillet, mais surtout au fabusien Jean-Claude Laval. Protestations " C'est un choix familial, pas politique." Le temps passe. Dénonçant les "équipements de prestige, l'augmentation des inégalités", le communiste Claude Lamblin lance un appel à la constitution d'une liste unique de gauche (février 1995).

Franca Galasso "Reims écologie solidarité " se positionne pour prendre la tàte la liste des Verts (mars). Gérard Crouzet n'est pas d'accord et revendique la tête de liste (avril). Entre temps, au PS on a lavé son linge sale en section. François Letzgus entre en scène pour dénoncer " la politique culturelle incohérente de la ville, le Waterloo économique" ; pour annoncer officiellement que c'est finalement Jean-Claude Laval qui conduira la liste socialiste " Reims pour tous " . Laval qui préfère Emmanuelli à Jospin dans la course à la présidentielle résume son programme basé sur la participation active des citoyens, une coopération intercommunale développée aux logements, la culture, les moyens de déplacements, le soutien à l'emploi et à la formation et le droit au logement pour tous.

Fin avril, à gauche, un collectif " cités" réclame une maison des associations, un rééquilibrage des quartiers, des Hautes et Basses promenades piétonnes.  

D'autres qui construisent et prônent l'union: Michel Guillaudeau (PCF), Patrice Perret (Refondations) et Christine Michel (Mouvement des citoyens)sont entendus. Une liste baptisée " Reims pour tous, agir ensemble" est créée avec à sa tête Jean-Claude Laval (18 mai). A un plus haut niveau, au PS, on regrette qu'une grosse pointure nationale n'ait pas tenté sa chance. Et on a la dent dure sur la section rémoise: " il n'y a pas de base, seulement une bande de clampins qui n'arrête pas de se déchirer; une dizaine de gens qui n'ont pas de relais "  Merci pour le soutien. Ni François Letzgus, ni Hubert Carpentier ne feront partie de la liste. 

Mais si l'opposition municipale  a pris du retard, elle peut encore miser sur un début de règlement de comptes à droite et l'apparition de plusieurs candidats dans la course municipale: la bouillonnante et impertinente commerçante Raquel Saiz qui avec 

Philippe Walker tire à boulets rouges sur le couple Falala-Nguyen et plusieurs candidats de droite extrême ou d'extrême droite.

 

Le maire répond aux attaques et décline son programme

Il se situe " entre le RPR et le Front national" . Sur le thème de l'insécurité, Michel Richoux est le premier candidat à droite àannoncer la constitution d'une liste " Alliance Populaire" (février 1995). 

Les Rémois retiennent plutôt l'entrée en lice de la jolie présidente du GCCR,  la commerçante Raquel Saiz à la tête d'une liste " Autre chose, autrement." Si la liste se veut " apolitique "composée de personnalités allant du centre gauche au centre droit avec des écologistes, elle comporte aussi pas mal d'ennemis jurés de Gabrielle Nguyen, présidente de l'Office de tourisme par ailleurs adjointe chargée de la communication: André Fetet, écarté des Flâneries musicales, Bernard Robin démissionnaire de l'Office. 

Avec Philippe Walker, à la tête d'une liste " Priorité à la compétence " elle avance des propositions: combattre le chômage, créer un bureau d'entreprises, augmenter les services dans les quartiers, équilibrer le logement social et le logement privé, transformer les halles en salle du Zénith. Le public compte les points dans les attaques à la kalachnikov conduites par le radical M.Walker à propos de la voiture de fonction de la présidente de l'office, de l'acquisition de la SCI Kennedy pour 5MF alors que les Domaines proposaient 4MF (1), puis les mises en cause de la réputation d'intégrité du maire par Raquel Saiz. Des propos d'abord aigre-doux, au relent presque diffamatoires en fin de campagne. 

Falala serein

Raquel Saiz

Jusqu'à l'arrivée de la liste Saiz, la campagne n'avait été qu'une balade pour Jean Falala. Ses fidèles d'hier: Thérèse Guerin et Françoise Yger avaient bien protesté quand elles ont été mises àl'écart au moment de l'élaboration de la " Liste Jean Falala, au service de tous " . Le maire sortant explique qu'il y a 14 départs et 14 entrées. Il expose son programme  en dur :  la restauration des halles, l'aménagement du secteur cathédrale, du Musée des Beaux-Arts, la construction d'une salle de concerts, la restructuration de la Rafale, la création d'une médiathèque etc. A ses amis du club 89, Jean Falala qui se sait sans doute malade l'assure même: " Si je remporte un troisième mandat, je ne l'écourterai pas." (début juin 1995).L'élection approche. Le maire reporte finalement au 30 juin la réunion de conseil municipal prévue le 6. Il a du travail. Pas moins de huit listes se présentent contre lui au premier tour.

D'autres candidatures

Sérieuses ou pas les nombreuses listes risquent de diviser les électeurs et d'occasionner un second tour. Une liste " Evohé "entre Pierre Dac et Coluche, écrit un journaliste de l'union se présente pour " dérider le désert local " . Elle se veut " patriotique et hallucinogène " , propose de " fermer la porte Mars pour éviter qu'on s'enrhume..." L'écologiste François Legrand a moins d'humour. Avec " Reims, avenir égalité " il décline un message à ce point sécuritaire que le candidat d'Alliance lui reproche de lui avoir volé son programme. Alain Mengin, du Front National ne fait pas dans le détail. Il souhaite une police municipale montée, lutter contre l'immigration et donner la priorité aux Français. Sylvain Régnier " Reims solidarité " veut transformer la caserne Colbert en centre culturel. Jean Marie Ducal présente une liste Pour la défense des travailleurs et des chômeurs"  soutenue par Arlette Laguillier (ndr: Lutte Ouvrière). Les Verts constituent enfin leur liste dans laquelle  figurent 30 hommes et 29 femmes: "Verts Reims solidarité. " 

Gagnante ou pas chaque liste n'a qu'un désir: se positionner dans l'optique de la succession du roi Jean Falala.

 (1)A noter un autre surcoût important venu depuis: le désamiantage de ce bâtiment.

 Alain MOYAT

 

49 sièges, 49 voix: super banco pour Falala

9406 - 2 municipales 95

(légende photo: Jean Falala élu pour un troisième mandat ne sait pas encore qu'il cessera à sa demande ses fonctions de maire le 8 mai 1999.)

Dimanche 11 juin.-Les Rémois ne se bousculent pas aux urnes (51,40%). Mais ils votent "utile " . Et contre tous le pronostiqueurs, malgré la présence de huit listes, l'équipe du député-maire Jean Falala remporte la mise dès le premier tour. 

Avec 52,60% des suffrages exprimés elle remporte 49 sièges (deux de plus qu'en 1989). 

La liste d'Union de la gauche totalise 23,37% des voix (9% de moins qu'en 1989) et obtient huit sièges ( -1). Le Front national devient la troisième formation à Reims avec 7,98% et prend deux sièges. La liste poil à gratter de Raquel Saiz prend une veste avec 3,7% des voix.

" C'est un beau succès. j'ai travaillé douze ans. J'ai présenté mon bilan. La population m'a fait confiance " commente Jean Falala. Jean-Claude Laval est déçu. La division des Verts a dispersé des voix et il a " le sentiment que la gauche ne s'est pas mobilisée dans les quartiers où elle était majoritaire." 

La passe de trois pour Falala

Une semaine plus tard, pour l'élection du maire, Jean Falala retrouve facilement son écharpe  en totalisant 49 voix contre 8 àJean-Claude Laval (PS) et 2 à Alain Mengin( FN). 

Au terme d'une campagne électorale ardue, le maire émet un souhait: " La démocratie n'exige pas toujours l'uniformité. Je souhaiterais néanmoins qu'au delà de nos divergences, nos débats soient respectueux des opinions formulées par les uns et les autres sans jamais tomber dans de sombres et turpitudes querelles."  

Quinze adjoints sont élus dans la foulée: Jean-Louis Schneiter, Serge Kochmann, Gabrielle Nguyen, Frédéric Payen, Jeanine Lapie, Chrisitane Jubert, Jean-Michel Vernier, Marie-Annick Roger, Gilles Fereira, Christian Brut, Jean-Claude Muller, Marc Talmud, Gérard Stasi, Michel Feck, Jean-Claude Laurent.

Un mois plus tard, Jean-Louis Schneiter retrouve son poste de président de district. Il s'entoure de six vice-présidents: Edmond Béchambés, Jean-Pierre Fortuné, Richard Bosc, Mario Rossi, Maurice Benoist et Florence Mobuchon. 

Alain MOYAT