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(Légende photo: entourée de palissades colorées pendant les travaux, la Place d'Erlon, commencée en novembre 1991 est inaugurée en décembre 1993)

18 décembre 1993: Avec trois mois d'avance sur le calendrier prévisionnel,le parc-auto Drouet d'Erlon est mis en service. Il offre aux automobilistes 650 places de stationnement réparties sur cinq niveaux.

Commençé le 4 novembre 1991, réalisé avec des parois moulées selon la technique de la taupe, la grande boîte de 210 m de long pour 17,20 m de largeur et 15,45 m de profondeur a nécessité la présence d'une trentaine d'entreprises. Pensez: plus de 55.000 m3 de déblais ont été évacués (l'équivalent de la cathédrale), 700 poutres d'acier de 16 m de long supportent un ensemble dans lequel ont été coulés 11.600 m 3 de bâton. Couleurs logos et vitrines archéologiques différents pour différencier chaque niveau, puits de lumière, sécurité maximum avec l'installation de 70 caméras, 35 points phonie, 317 alarmes, le parking d'Erlon se veut exemplaire. Il a coûta 110 millions de francs TTC (16,77M€), soit 170.000F (25.918€)  la place de stationnement.

 

 Avec ses 650 places dont 14 pour les handicapés, l'équipement géré par la société d'économie mixte Champagne Parc auto vient compléter l'offre de parking en ouvrage décidée par la ville en 1991 et qui s'est traduite en 1992 par l'ouverture du parking Buirette (493 places dont 50 privées)et sera poursuivie en 1994 par l'ouverture du parking Gambetta (280 places.) 

 

 La livraison de la partie invisible du bel équipementrassure un peu les commerçants qui n'ont pas manqué depuis deux ans d'exprimer leurs inquiétudes et leur colère face ê l'aménagement du dessus de la place: leur gagne pain. 

Alain MOYAT

 

 

Pour éviter l'asphyxie du centre

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"Afin de faire vivre le centre et de le rendre plus attractif", l'équipe du maire Jean Falala sait qu'il doit répondre aux attentes des commerçants. En 1989, l'idée d'un parking sous terrain cours Langlet est évoquée devant Raquel Saiz, présidente du Groupement des commerçants du centre de Reims (GCCR) et Patrick Gillard, président de l'union des commerçants et artisans rémois. François Legrand (Reims Ecologie vie environnement) proteste. Il demande un référendum.

Janvier 1990 : prétextant que creuser un parking cours Langlet serait trop compliqué, compte tenu de l'importance des vestiges historiques, le maire profite de l'assemblée générale du GCCR pour annoncer la nouvelle: le parking se fera place d'Erlon.

Quatre mois plus tard des carottages sont diligents jusqu'à 15 m de profondeur sur la place. Les mois passent et c'est le 11 février 1991 qu'est bien confirmée politiquement la décision de réaliser le parc auto d'Erlon.

Prévu sur quatre niveaux avec 514 places dont 9 pour des handicapés, le parking est estimé à 53 MF (8M€)  explique l'union. Tout est prévu pour qu'il n'y ait pas de problèmes pour les terrasses des cafetiers-restaurateurs et que le chantier protégé par des palissades ne soit pas salissant explique t-on dans "infos parking". Les commerçants commencent ˆ tousser.

"Le chantier est attaqué à une vitesse suspecte" estime M.Arion du "Glue Pot"qui préférerait voir un tel parking dans les Promenades. Gérard Lantenois du restaurant "Le Continental" craint que si la place ne rete pas un pénétrante, le risque est grand d'y voir s'engouffrer des fast-food. Quatre vingt dix commerçants ont un coup de sang en juillet et demandent enfin des éclaircissements sur l'aménagement de la place. Sera t-elle piétonnière ou semi- piétonnière? Si la réponse n'est pas clairement donnée, une rumeur circule les semaines suivantes évoquant le report du projet. Il n'en est rien, même si le maire, ayant missionné Champagne parc auto pour faire travailler un bureau d'études reste pantois devant le budget prévisionnel du projet. En valeur août 1993 le projet de parking est estimé à 100 MF (15,2M€). "Pas question de s'engraisser sur notre dos"prévient Jean Falala.

Deux mois plus tard la circulation sur la place est modifiée, 500 m de palissades de couleurs édifiées grâce aux techniques d'art mural urbain de l'artiste Michèle Caillaud. Les travaux peuvent commencer, bénéficiant d'une riche campagne d'explications, de communication.

Curieux les Rémois ne manquent pas de venir guigner autour du chantier. Ils s'inquiètent en apprenant qu'au fond du parking la craie laisse filtrer 100 m3 d'eau /heure. Apprennent que des experts dressent des constats sur l'état des immeubles longeant le futur parking. Découvrent que la couleur jaune de la boue sur le chantier a pour origine le mélange d'argile et d'eau (bentonite)injectée pour empêcher tout éboulement. 

La ville a la bonne idée d'étendre le stationnement payant dans les Basses promenades. Normal: début janvier 1992: l'accès au centre par la Place d'Erlon est condamnée. La ville multiplie les actions de communication et l'on voit apparaître une demi auto dépassant de la palissade: une originale borne interactive. Décembre 1992: la boîte est coulée et recouverte par une dalle supérieure. L'aménagement de surface peut commencer.

A.M

 

 

Tilleuls desséchés, pavés glissants et mal posés

 

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Six cent cinquante mètres de caniveaux en fonte, 1000 tonnes de terre végétale, 1,3 km de canalisation automatique, 4.230 tonnes de grave bitume, 5 km de fourreaux pour le passage des câbles: l'aménagement de la place va durer un an. La facture est estimée à 25 MF(3,8M€) auxquels s'ajoutent 7 MF (1M€) pour les terrasses. Pose de centaines de milliers de dalles en pierre bleue du Hainault (choisies pour leur critre d'esthétisme et de robustesse) et de 90 candélabres, plantation de 85 tilleuls argents "Tomentosa", mise en place de 240 bornes de sécurité, de couleur grise et métallique, le décor se met en place. Deux gros cubes gris permettant l'accès aux ascenseurs du parking qualifiés par la ville d'édicules anticlaustrophobie" et par le patron du Continental " de bunkers" alimentent une polémique. 

 

Le résultat est mitigé. Une enquête de l'union en mai 1994 est édifiante. Si 51,8% des personnes interrogées jugent la place plus agréable, 41,1% la trouvent froide, 49,7% disent que le mobilier est inesthétique; 36,1% qu'elle est grise et triste; 63,2 % qu'elle n'incite pas à faire plus d'achat. Les Rémois la trouvent tout de même plus accessible et 80,1% d'entre eux la veulent entièrement piétonne. Mais le pire est à venir.

 

Les pavés font grise mine

 

Printemps 1994: de nombreux tilleuls sont desséchés. Novembre: un millier de pavés bleus font grise mine. On constate même des affaissements autour de la fontaine Subé. Au fil des jours les pavés disparaissent au profit de rustine de goudron. Qui est responsable de ces désordres? Saisi en février, le tribunal administratif désigne un expert en juillet 1995. 

 

Les arbres moribonds sont replacés

 

Mai 1996: les conclusions de l'expert mettraient en en évidence des responsabilités de la ville qui réclame en avril 1997 un complément d'expertise finalement rejeté en juillet. 

 

Ce rapport dont l'union publiera des extraits en ...mars 1998 est accablant pour la ville. "Les désordres et malfaçons ont pour origine la conception définie dans l'avant projet définitif établi par la ville de Reims, qui a remplacé l'avant-projet définitif établi par les architectes Fouqueray-Jacquet et le bureau Ter, l'a modifié et qui a servi à la consultation des entreprises." La pose sur sable et le traitement des joints ne prenant pas en compte tous les paramètres de la place "finie" s'est avérée erronée. "Il a favorisé le glissement des dalles et des pavés; des cassures, fissurations, instabilité, joints creux sont apparus en grand nombre..."

 

Pensée comme une place piétonne, "la conception de la place ne correspond pas à son utilisation" car la circulation permise finalement sur la place est à l'origine des désordres: glissement de dalles et des pavés, cassures etc.

 

Le socialiste Jean-Claude Laval parle de "fiasco" et de "gâchis financier" face à des travaux compris dans une fourchette de 5 à 10 MF pour la réfection des deux places et de la partie centrale de la place avec trois types de dalles de granit de Bretagne cette fois. Son collègue François Letzgus lance en mars une pétition. Il rebaptise même la place: "Place du pavé déchaussé, de la jambe cassée et du contribuable lésé."

 

Septembre 1997: la ville saisit la cour administrative de Nancy et à nouveau le tribunal administratif en demandant la nomination d'un expert spécialisé en revêtement de sols. Bonne nouvelle en attendant ... la suite: la ville est autorisée à débuter les travaux sans attendre la fin de la procédure.

 

Organisés en quatre tranches, les travaux de réfection des deux places et de la partie centrale de la place avec trois types de dalles de granit de Bretagne cette fois sont réalisés d'octobre 1997 à fin mai 1999. Les petites lumières bleues qui donnaient à la place un petit air de piste d'aérodrome font les frais de la rénovation estimée à 8MF.

 

Depuis, les pavés glissants et fragiles qui bordent le centre de la place sont toujours là et aussi dangereux en cas de pluie. Et on ne sait toujours pas officiellement qui paiera la facture.

Depuis Florence Maubuchon, (adjointe aux travaux de Jean-Louis Schneiter)ont tenté de rayer les pavés pour les rendre moins glissants.

En 2016,  l'équipe du maire Arnaud Robinet  avec Valérie Beauvais, a une nouvelle fois repavé la place...

Une place qui devient une vraie rente de situation pour les paveurs!

Alain MOYAT