Plein de charme et d'élégance, capable des pires colères en coulisses, Jean Taittinger (UNF)profite de la division des Indépendants pour rafler la mairie en 1959. Une ère exceptionnelle commence.

 

5803 - taittinger maire

 

(Légende photo: La première équipe de l'ère Taittinger)

Vendredi 20 mars 1959.-" On peut se permettre d'être injuste à  l'égard des riches et des forts, car eux peuvent se défendre; mais  nous n'avons pas le droit d'être injuste à l'égard des faibles et des déshérités. " 

L'orateur est élégant. Le verbe est séduisant.  Jean Taittinger, 36 ans, prononce son premier discours devant  l'assemblée communale. Il est fort applaudi. Un seul tour de  scrutin lui a suffi pour devenir le 49e maire de la ville des  sacres, le plus jeune depuis 1804. En quatre mois, le maire de  Gueux a fait un sans faute sous les couleurs de l'Union pour na  Nouvelle République. En novembre, aux législatives, il s'est payé  le luxe de terrasser le député-maire sortant Pierre Schneiter, en  le davançant de 6 000 voix, après avoir bénéficié du maintien de René Bride.

Le lendemain s'estimant " désavoué par une partie de sa majorité " ,  Pierre Schneiter présente sa démission au préfet M. Lobut qui lui  demande de revenir sur sa décision, " car il y a un budget à  préparer ."  Quatre mois plus tard, aux côtés du nouveau député  (UNR) Marcel Falala, tête de liste aux municipales, le négociant en  vins de champagne, engagé volontaire en 1945 et en Algérie, montre  à l'ancien président de l'Assemblée Nationale qu'en matière  d'alliance, il ne se débrouille pas mal non plus. Car si l'élection  du maire a duré 23 minutes à l'hôtel de ville, la campagne et  l'inter campagne dans laquelle le MRP et Pierre Schneiter s'étaient  engagés ont été Épres. Jean Taittinger est traité d'" imposteur" par le colonel Shock  (ancien sous-chef du cabinet de M.Schneiter, alors ministre de la  Santé) qui a prétendu de " bonne foi " concluera la Justice, que le  maire de Gueux n'avait pas l'investiture de l'UNR.

A malin, malin et demi

Au premier tour de scrutin, le dimanche 8 mars, aucune majorité  absolue ne se dégage. Aucun des 259 candidats inscrits sur une des  sept listes n'est élu, annonce le maire sortant le lundi à 10 h 45.

Le Parti communiste arrive largement en tàte avec 32,6%des  suffrages devant l'UNR (22,4%), le MRP (14,7%), la SFIO (11,9%), la  Liste communautaire et populaire de Bride (9%), les Indépendants  (4,4%)et les Radicaux socialistes ( 2,9%). Il reste peu de temps pour faire des alliances et déposer sa liste. 

Coup de théâtre: si le PCF, la SFIO (PS) et une " Liste d'Union  d'action sociale et de défense des intérêts rémois" constituée de  Marcel Falala, René Bride et des Indépendants sont déposées, le MRP  n'est pas présent. Y aura t-il une liste républicaine? Les  tractations et les simulations vont bon train. Mais elles  n'aboutiront à rien.

Jean Taittinger a déjà fait savoir qu'il  serait candidat au poste de maire. Les Rémois sont plus nombreux à se déplacer le dimanche 15 mars. La  liste d'Union d'action sociale et d'intéràt des Rémois remporte 36  sièges + 1; le 37e, fort disputé, étant attribué sur le fil à René  Bride au détriment du communiste René Tys. Jean Taittinger, élu maire haut la main, s'entoure de sept  adjoints: MM. Bride, Raulet, Delvaux, Bertral, Crespin, Fournier et Verdure.

Durant 18 ans, Jean Taittinger va développer et faire rayonner la  cité rémoise tous azimuts.

Et dire qu'au nombre de voix, au second tourn il n'arrivait qu'à la  36e position... A quoi tient un destin!

Alain MOYAT