Le retrait de Jean Taittinger, la candidature prématurée de  Jean  Falala, une gauche unie en pleine ascension et le 13 mars 1977, le  communiste Claude Lamblin devient le 8e maire après la Libération

Jean Falala, le premier dans la course

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Jean Falala le premier dans la course " Je n'ai pas eu d'instruction. Jamais je n'ai voulu faire appel à un leader de l'extérieur." N'attendant même pas que Jean  Taittinger, maire de Reims depuis 18 années annonce son retrait,  on ne lui a peut-être pas demandé assez fort de rester..." , le  RPR Jean Falala annonce dès le 29 octobre 1976 sa candidature aux  élections municipales de mars 1977. " Une candidature dictée ni par  le goût des honneurs, ni par celle des personnes ou des partis." Expliquant qu'il a refusé un poste ministériel (NDR :  ministre des  Anciens combattants)pour mieux se consacrer à la ville, Jean  Falala annonce la couleur: "Faire échec à la liste qui ferait de  la cité un forum d'affrontement permanent (les communistes avec  leurs alliés gauchistes du Cérés, minorité socialiste). " Le député, conseiller général du 2e canton qui avoue "n'avoir jamais  voulu être adjoint pour ne pas  être sous la coupe d'un maire " ,  même s'il s'en défend aujourd'hui -, se démarque énormément de la politique qu'il a pourtant toujours soutenue. " Ce qui a été fait était indispensable, mais celà a été fait au prix d'un effort  fiscal à la limite du supportable. Continuer dans cette voix serait une erreur. [...]Une élection n'est pas la caution du  passé, mais un engagement sur l'avenir. La gestion de la cité sera  le travail de 43 hommes et non de 42 plus un maître." 

Brutus vient d'assassiner César

Jean Taittinger annonce officiellement son retrait un mois plus  tard, fort d'un riche bilan. L'université compte 11.000 étudiants,  les CES: 11.000 élèves, entre 1971 et 1976 la ville a construit 17 .000 logements, gagné 25.000 habitants et 1.500 à 2 000 emplois de plus chaque année. Des quartiers ont été rénovés, créés de toute  pièce, le budget culturel représente 10% du budget municipal etc.  "Nous étions approuvé par la population. C'est elle qui a fait  l'effort. " 

Jean-Louis Schneiter fidèle

Muet officiellement fin 1976, Jean-Louis Schneiter, candidat CDS  aux législatives de 1978 expliquera en août 1977 pourquoi il a été  absent de ces municipales de 1977. " J'ai été pressenti par Falala  en juin 1976. je n'ai pas donné suite car Jean Taittinger, à  l'époque, n'avait pas encore fait connaître sa position"  C'est  par solidarité avec l'équipe sortante et par fidélité qu'il a agit  ainsi. " Je n'ai pas constitué de 3e liste pour empêcher la  zizanie. [...]Il a pu y avoir certaines incompréhensions. La hache  de guerre, si tant est que quiconque l'ait jamais brandie, est  bien définitivement enterrée..." 

La campagne des municipales pouvait commencer avec d'un côté une  liste " Reims Agir " conduite par l'ardennais Jean Falala, 48 ans, comprenant des RPR,  des républicains indépendants, des centristes et des radicaux et de l'autre la " Liste d'Union démocratique pour le renouveau de Reims " conduite par l'aubois Claude Lamblin, instituteur, 40 ans, au parti communiste depuis 1965, soutenu par  les socialistes, les Radicaux de gauche et le  PSU.

La campagne entre invectives et slogans allait être vive,  médiatique et ne restera pas dans les annales pour son niveau.  Sans doute parce qu'il n'y avait qu'un seul tour de scrutin.

Alain MOYAT

(Légende photo: Dès 1975, Jean Falala veut imprimer son empreinte. Sa candidature  en octobre 1976 sera considérée par beaucoup comme une trahison) 

 

2.-Une campagne électorale très, très médiatisée

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Les dangers du bipartisme que dénonçait Pierre Schneiter  s'affichent durant la campagne des municipales en 1977. Nouveau:  la télé (TF1), mais aussi les trains-radio: Europe 1 et RTL avec  un sondage l'union-Honeywell-Bull médiatisent la campagne. électorale. Si l'emploi est au coeur des débats, chaque candidat  tente d'expliquer le reste de son programme. Après une politique d'équipements et d'infrastructures, Jean Falala promet une politique " d'amélioration de la qualité et du cadre de vie tout en allégeant les impôts.  " En " homme disponible " , il veut soutenir le monde  associatif en nommant un chargé d'information, s'occuper du patrimoine, créer à Reims un orchestre philharmonique, une troupe  de théâtre lyrique. Il annonce la réalisation d'une salle  polyvalente pour des congrès, la création d'auxiliaires féminines  pour la sortie des écoles, promet plus de police et de pompiers;  plus de pavillons individuels et de jardins, la restauration de la  Patte d'Oie. 

Durcissant le ton il dénonce " La politisation extrême de la  campagne, le mariage forcé  PC-PS. "  [..." Vous en appelez aux  chrétiens et aujourd'hui les chrétiens sont persécutés là où il y  a des communistes " lance t-il à son adversaire. Il reproche aussi  à Claude Lamblin de salir la ville avec ses affiches. " Au moins  les miennes ne sont pas payées par Dassault " réplique le candidat  de l'Unoin de la gauche! Ambiance.

Habile candidat unique de la gauche

" Falala fait à Paris le contraire de ce qu'il dit à Reims. " Costume beige et cravate rouge, Claude Lamblin mise sur les  décisions du gouvernement Barre que soutient Jean Falala, " Un  gouvernement qui n'octroie que 22F par jour pour les  vieux ; qui  liquide la Sarlino (ndr: qui annonçait une charrette de  licenciements), Marelli, les Comptoirs-Français etc." 

Les réseaux de quartier ont bien fonctionné. Le candidat de  l'Union de la gauche dénonce le prix des loyers, des charges en  HLM, le " Trop grand nombre d'entreprises sous traitantes rémoises  dépendant de l'étranger " , un conseil d'administration de la  Maison de la Culture " Pas assez démocratique "Misant plus sur les orientations, un programme,  que sur les  hommes, il promet la création d'une commission municipale du  logement, l'organisation fréquente de consultation de la  population, une augmentation des services publics, sociaux et  culturels. Bien sûr il affirme que son équipe s'opposera aux  licenciements et qu'il faut une relance de la consommation  populaire.

Dix jours avant le scrutin, une enquête menée auprès de 1 100  rémois représentatifs indique que 59,5% des rémois estiment que  Reims est peu sûr le soir, 42,7% qu'il y a trop de bruit. 

A.M.

(Légende photo: Télé et radios nationales couvrent la campagne qui est vive, pas forcèment d'un haut niveau! Jean Carlier (RTL) entre Jean Falala, à gauche et Claude Lamblin, à droite, sir la photo) 

 

13 mars 1977: Claude Lamblin devance Jean Falala de 1 579 voix

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La pluie du matin n'arrête pas les électeurs. Jean Taittinger  vote  rue Libergier, Alice Saunier-Seïté, ministre, est revenue tout 

spécialement de Paris pour accomplir son devoir dans le 31e bureau. Au terme d'une campagne très vive, 73,9% des inscrits se rendent finalement aux urnes. Les listes sont bloquées, tout panachage est interdit. Il n'y a qu'un seul tour. 

A 21 h 30, de lourds silences d'un côté, des vivas et l'Internationale " de l'autre, saluent l'annonce des résultats faite par M.Lhotelain. Avec 35 518 voix, " la liste d'Union démocratique pour le renouveau de Reims" conduite par Claude Lamblin devance de 1 579 voix la liste " Reims Agir " menée par Jean Falala. 

Les 5e et 7e cantons qui avaient déjà porté le candidat communiste lors des cantonales de 1976 se sont encore bien mobilisés.

Le maire reprend le programme du candidat

L'élection du maire le samedi 20 mars est grandiose. On a ramené un buste de Marianne dans la salle des fêtes transformée en salle de conseil. Malgré le match France-Irlande, près de 1.000 personnes sont venues. " La composition de notre assemblée sur le double plan de la diversité des professions, de nos fonctions et de nos responsabilités précédentes, des courants de pensée, de philosophie qui la traversent, est le garant que nous sommes bien les délégués de la population rémoise " affirme le doyen Alain Tual. 

A l'unanimité des votants, Claude Lamblin et élu maire. 

 " J'accepte d'être maire si on peut mettre en oeuvre un travail d'équipe et un fonctionnement collectif du conseil municipal" prévient le chef de file des communistes. Promettant " une gestion sociale, démocratique et humaine, fondée sur une concertation permanente " Claude Lamblin est conscient de la grande volonté de changement exprimée par les rémois. " C'est un vote d'espoir pour toutes les familles touchées par la crise, pour tous ceux qui attendent de nous que nous allégions leurs difficultés." 

Et le maire rappela le programme du candidat Lamblin: organisation d'assises pour l'emploi, opposition à toute fermeture d'entreprises,   soutien des luttes, programme prioritaire d'aide aux plus défavorisés, assises locales de la santé, lutte contre la spéculation immobilière, création d'un office municipal pour la jeunesse, une gestion culturelle décentralisée de la maison de la culture accessible à tous, une réduction des tarifs sportifs etc. 

Toute une série de mesures sans augmentation d'impôts, mais en obtenant de l'Etat des financements, en luttant contre le transfert des charges et en obtenant des subventions légales." 

10 adjoints + 4

L'assemblée a ensuite procédé à l'élection de dix adjoints réglementaires selon un ordre prévu lors de l'alliance élctorale: Michel Delaître (PCF), Bernard Laudy (PS), Philippe Walker (radical de gauche), René Tys (PCF), François Letzgus (PS), Jackie Perlot (PCF), Hubert Carpentier (PS), Claudine Lecerf (PCF), Pierre Pinon (PS), Jean-Claude Mauduit (PCF). Ont ensuite été désignés quatre adjoints supplémentaires: Jean-Claude Laval (PS), Isabelle Adamezik (PCF), Jean-René Mailliard (PS) et Gilles Rasselet (PCF).Michel Delaître (PCF) et Georges Colin (PS) sont désignés pour représenter Reims au conseil régional.Un petit gosse d'une dizaine d'années eut le dernier mot en demandant un autographe au maire. " Tu me prends pour Claude François" dit Claude Lamblin. "Vous êtes le maire de Reims, c'est la même chose ."

Les candidats vainqueurs de l'Union de la gauche avaient constitué leur équipe. La lune de miel n'allait pas duré longtemps. " Durant six ans les socialistes m'ont savonné la planche" affirme aujourd'hui Claude Lamblin.  

A.M.

 (Légende photo: à 40 ans, l'aubois Claude Lamblin, fils de maréchal-ferrant enlève  la mairie de Reims)  

Georges Colin président du district

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Conformément aux accords politiques qui avaient présidé à la mise  en place d'une liste d'Union de la gauche, c'est le socialiste  Georges Colin, par ailleurs conseiller général, qui, proposé par  François Letzgus,  prend la présidence du district urbain de Reims  composé de 28 élus. Le communiste Jackie Perlot rappelle les  règles du jeu :  deux vice présidents sont présentés par le PS et   trois des quatre membres du bureau par le PCF. 

 

M.Bazard, adjoint à Tinqueux propose au poste de vice-président,  "comme c'est la tradition", la candidature du maire de la plus  grosse ville de la périphérie: Mme Billa. On vote. Les deux postes  de vice-présidents reviennent dans l'ordre aux socialistes  Jean-Claude Fontalirand (maire de Saint-Brice-Courcelles)et à  Marcel Boucher (Cormontreuil). Mais l'élection des membres du  bureau ne se passe pas comme prévu. Si Michel Delaître( PCF)est  facilement élu, François Letzgus donne un coup de canif dans  l'accord. Il bat le communiste Perlot qui doit attendre le tour de scrutin pour être élu, tout comme Mme Billa.

 

Rappelant " que la ville ne doit pas imposer ses choix à  sa  banlieue" Georges Colin a expliqué sa façon de voir les rapports  entre les hommes, les communes du district: " Le cadre de notre  vie, c'est notre ville, mais c'est aussi l'agglomération qui est  devenue un ensemble fonctionnel. C'est si vrai que les habitants  des communes suburbaines se reconnaissent une sorte de double  citoyenneté. Quand ils habitent Bétheny, Bezannes, Cormontreuil,  Saint-Brice ou Tinqueux, ils se sentent également rémois. Dans  l'agglomération les habitants se déplacent de leur domicile vers  les lieux de travail ou de services, faisant du district une  réalité humaine et économique dont les habitants ont des intérêts  communs et partagent les problèmes identiques. " 

 

La tâche du président ne fut pas facile. Les communistes  n'épargnent pas leurs alliés. Les reproches sont fréquents. Pour  dénoncer "  des dérives dans les dépenses des Transports urbains, " , des choix sans concertation (achat d'un bus et mise en place  d'un service pour handicapés). Et le PCF s'attache à faire passer  un message:  " les responsables du district  font supporter aux  Rémois des impìts anormalement élevés au bénéfice des communes  dont les maires sont socialistes. " A peine née l'union de la  gauche avait déjà du plomb dans l'aile. 

Alain MOYAT

(Légende photo: Georges Colin élu député céda en novembre 1981 son fauteuil à  François Letzgus)