Le dossier était monté. Le projet de palais des congrés bien calé.  Les Halles, "verrue",  place du Boulingrin devaient être détruites.  Jack Lang a mis son grain de sel. Et onze ans ont passé.

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Dès son élection en mars 1983, Jean Falala en avait nourri l'idée.  Les Halles tombent en ruines. Pourquoi ne pas édifier sur leur  emplacement, Place du Boulingrin un palais des congrès de 7OO  places, des bâtiments à usage de bureaux et de logements en y  intégrant un marché. Le temps passe. Falala annonce clairement la  couleur en mai 1987: " C'est laid, dangereux, insalubre. On va  raser ce blockhaus grisâtre." Jean-Louis Schneiter ne veut plus non  plus de cette "tortue malséante" . Les Halles sont fermées. Un  concours a été lancé, un architecte retenu. Georges Colin  (PS)regrette que " la population n'ait pas été consultée." Claude  Lamblin pour qui " la disparition des halles ne laissera aucune  nostalgie" se prononce contre " l'opération immobilière. " Du côté  des amateurs d'architecture contemporaine, c'est la consternation. 

Et la mobilisation autour de SOS Reims. Pas question de toucher  aux halles qualifiée de " vaisseau de ciment du XXe siècle " par  Pierre Lévaudan dans son " Histoire de l'urbanisme" faisant par là  référence au vaisseau gothique de la cathédrale Notre-Dame. 

L'architecte des Bâtiments de France Michel André embraye. Il  refuse de délivrer le permis de démolition des Halles. Un grand  prix d'architecture, (proche du PCF): Paul Chemel estime qu"'il  faut réhabiliter les Halles, prouesse technique architecturale   qui contribuent à l'enrichissement de notre culture." Il y en aurait pour 10 MF (1,5M€)

"le fait du prince"

Amoureux des arts, - personne ne le contestera -, mais aussi fin  politique, le Ministre socialiste de la culture n'est pas  mécontent de mettre son grain de sel, son grain de sable dans le  dossier. Septembre 1988: à quelques jours des élections cantonales  et quelques mois des municipales. Il annonce que les halles  " sont  en instance de classement."  Le vaisseau de pierre obtient un sursis  d'un an au cours duquel le service des Monuments historiques  étudiera des mesures de protection et la meilleure réutilisation  possible de l'ensemble. 

Colère du maire qui dénonce " le fait du prince" , parle de décision  absurde et néfaste."  Un marché de gros est inauguré aux Essillards en septembre 1988.  Il y a douze marchands de légumes et cinq de produits frais.

 l'union publie en octobre un sondage édifiant: 94,7% des 3 737  personnes qui ont répondu au journal sont favorables à la  destruction des halles. Le préfet Bonnet tente de dépassionner le débat. Le temps passe.

 l'union tente de trouver une solution et annonce le ... 1 avril  1989: "Lang et Falala sont tombés d'accord: les halles iront à  Blois. " 

Les Halles sont officiellement classées le 9 janvier 1990. 

Fort d'une étude, Jean-Louis Schneiter estime qu'une  réhabilitation coûtera 20MF (3M€) (juillet 1990). Les années passent,  l'ardoise augmente comme le nombre de morceaux de ciment qui  s'écroulent toujours aux halles. On parle de 50MF( 7,6M€) de travaux  en  1993;  55MF en 1995. Entre temps, le RPR Jacques Toubon est devenu  Ministre de la culture. Mais l'ami politique  confirme le  Classement des Halles. 

Et le temps passe, passe encore. Le Ministère, maître d'ouvrage,  qui doit payer 50% de la note n'a guère de sou. A sa décharge on  ne lui propose guère de projets carrés. Et pourtant les idées ne  manquent pas. Pêle-mêle, certains proposent de transformer les  halles en : musée de l'automobile, médiathèque, archives  municipales (fonds carnégie), salle de concert du Zénith, musée  lapidaire. L'idée d'y construire un cinéma multiplexe a même été  étudiée avec le groupe belge Bert. Elle n'est pas totalement abandonnée.

1999: nouveau maire de Reims, Jean-Louis Schneiter envisage même d'associer à la rénovation des halles un vrai projet immobilier. Objectif: tout en conservant le maintien d'un marché hebdomadaire: créer dans la halle un complexe cinématographique de deux salles; créer sur le site un hôtel-restaurant, des logements et un parking souterrain.

Pour la seule réhabilitation de la halle le devis est estimé à 53 MF (8M€).

Alain MOYAT

Un chef d'oeuvre devenu verrue

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Pensées par l'architecte rémois Émile Maigrot et réalisées de 1927 à 1929 par l'entreprise Limousin et Cie selon la technique de l'ingénieur Eugène de Freyssinet, les halles du Boulingrin constituent une véritable prouesse technique. Le bâtiment de 109 m de long sur 48 mètres de large, sans pilier, est constitué en effet d'une immense voûte parabolique en mince voile de béton d'une épaisseur de 7 centimètres avec une courbe culminant à 18 m. 

L'ensemble a été construit grâce à la technique du coffrage glissant sur rail. Six mille tonnes de béton ont été coulées pour le bâtiment dont la seule voûte s'étend sur 17 000 mètres carré.Les quatre portes des halles baptisées "Vesle ", "Suippes" , "Aisne" et " Marne " s'ouvrent officiellement le 30 octobre 1929. C'est un succès. Les marchands viennent de très loin: Saint-Quentin, Longwy, Boulogne. Les Rémois viennent par dizaine de milliers. Tous admirent l'intérieur blanchi enluminé encore un peu plus par de grandes verrières diffusant une lumière jaune et des pavés de verre apportant le bleu du ciel.

Manque de ventilation

La valse des cageots et les petits bistrots animent le Boulingrin. Dès 1940, les regards commencent à scruter un peu plus la voûte des halles. "Pas assez isolés les fers à béton sont victimes de la corrosion". Faute de ventilation, la condensation dissout les sels de chaux du béton attaque le fer.

1952: Chute de béton: la mairie dépense 15 MF (anciens)pour faire poser un filet en grillage. 1958: on parle d'un projet de garage de 120 places sous les halles. En 1960, l'entreprise Beaulieu pose de nouveaux filets. Trois ans plus tard, une enquête menée par la Jeune Chambre économique aboutit à un unique constat :" Il faut démolir les halles. "1980: nouvelles inquiétudes et amer propos des 180 commerçants: "toutes les solutions échoppent sur des questions financières. " .

Des expertises sont menées à partir de 1977. En avril 1982 une décision est prise: il faut réhabiliter ou ... détruire. Une équipe est chargée d'ausculter le béton, effectue des prélèvements, mesure la vitesse de propagation du son dans le béton pour déterminer la qualité des fers et du béton. 

Mars 1983, le dossier est repris par la nouvelle municipalité.

A.M

 

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