27 avril 1985.-Passionné, génial mais têtu, le rémois Philippe  Charbonneaux, fort du soutien de la Chambre de commerce, de la  ville et du district ouvre un Musée de l'automobile. Sur 4 000 mètres carré couverts il présente 160 véhicules exceptionnels.

 

8412 - musée auto

L'indifférence et l'autoroute A4 avaient porté un rude coup à la  fréquentation du musée de  l'automobile ouvert par Philippe  Charbonneaux à Villiers-en-Lieu, près de Saint-Dizier. C'est sans  regret que le rémois installe son musée à Reims, capitale de  l'automobile. Merveilleux: 160 véhicules. La plus ancienne date de  1895. Que des merveilles: De Dion Bouton 1910 moteur V8, Delahaye  D8 1900, Bugatti, Hispano-Suiza, voiture blindée de Maurice Thorez  etc, ainsi que les nombreux modèles dessinés par le styliste,  l'inventeur Philippe Charbonneaux, véritable pionnier de  l'eshtétique industrielle.

De la R 16 au Stradair 

Passionné d'aviation, Philippe Charbonneaux, doué d'un sacré coup  de crayon, d'une mémoire fabuleuse et d'un esprit inventif et  aiguisé passe dès 1938 dans des cabinets de dessinateurs des plus  grandes marques: Delahaye, Delage, Talbot, Hotchkiss. A lui  l'Amérique en 1949. A Détroit, il dessine pour le géant Général  Motors la première Corvette Chevrolet, s'imprègne de la  méthodologie US. La Régie Renault lui ouvre les portes au début  des années 1960. Il y crée le premier " service de style" ,  persuade la firme qu'il faut absolument étudier, décortiquer les  modèles concurrents. Coup de génie, Charbonneaux dessine la  Renault 8, puis la Renault 16, crée même la super R 25 baptisée à l'époque " la Rolls française" , un coupé R 16 (2+2)qui ne sera  jamais commercialisé, des corbillards couleur prune. Amoureux du Beau, l'acajou du tableau de bord de la voiture  d'Henri Farman, adepte des filets tracés au cordeau par les  rechamisseurs, Philippe Charbonneaux crée une voiture pour le  pilote Jean-Pierre Wimile, une barquette Salmson 2 300S. Il  dessine aussi des réfrigérateurs, des postes radio. 

En froid avec la Régie, Philippe Charbonneaux démissionne en 1964,  entre chez Berliet où il restera jusqu'en 1973 inventant le fameux  "Stradair " , des véhicules de lutte contre l'incendie, " la Gazelle " . En habile couturier, il habille, caréne plus d'une centaine de  véhicules publicitaires. Actif retraité, Philippe Charbonneaux ouvre son musée. Pense  encore plus àsa prochaine invention. " Je suis avant tout un  créateur, un artiste. Pas un homme d'affaires. " 

Rumeurs de départ

Absence de publicité par la ville, local humide: le musée est à la  fois un nid à poussière et à rouille. Il nécessite beaucoup d'argent pour son entretien. En octobre 1985 un cabriolet Delahaye  135 m Chapron est vendu aux enchères 295.000F. Cinq ans plus tard,  le créateur tire le signal d'alarme: " Le musée pourrait quitter  Reims " .Le centre historique de l'automobile prévu au parc des  expositions n'est toujours qu'un rêve. " On m'a pris pour un  vulgaire collectionneur " regrette l'inventeur. Le musée attire  tout de même 50 000 visiteurs/an. Autant que le palais du Tau.

Il propose de finaliser son projet dans les Halles du Boulingrin  " propice pour devenir un musée d'art moderne et très pratique pour  y mettre des autos car il n'y a pas de poteaux. " 

Le temps passe. Les voitures s'abiment dans ce local où il fait  chaud l'été et froid et humide tout le restant de l'année. 1992: coup de génie: " Finie la voiture mérovingienne avec des  angles dangereuses." Philippe Charbonneaux invente " l'Ellipsis" :  une voiture ovoïde antichoc aux roues disposées en losange, une  voiture au Cx de 0,17 qui glisse sur les obstacles. Des essais  spectaculaires sont réalisés en septembre 1994 à Reims. Tandis que  le projet est peaufiné, avec des carrosseries en kevlar et en  fibre de carbone, Charbonneaux n'oublie pas le musée, souhaite en  faire " une fondation " . Mais la recherche-développement coûte  cher. Un peu à la façon d'une Bernard Palissy, Philippe  Charbonneaux grille ses collections, en vend une fois de plus une  bonne partie aux enchères en janvier 1997. Les passionnés, les  requins s'arrachent les pièces de collection. Mais pas au prix  attendus. Estimée à près d'un million de francs, une Farman  1921 ne part qu'à 540.000F; une Delahaye D8 part pour 190 000F, une  Hispano-Suiza J 2 à800 000F.

Le musée continue

Juin 1998: Philippe Charbonneaux s'en va rejoindre Jean-François  Cugnot au paradis des inventeurs. Grâce à la volonté de  l'association des salons de collections automobiles rémois, avec  le concours du district et de la ville de Reims, le musée qui ne  comptaient plus de 60 véhicules se restructure, mise sur l'avenir. Le musée automobile Reims Champagne est né. Il compte aujourd'hui  130 voitures, présente actuellement une rétrospective de 80 ans  de Citroën, présente régulièrement des expositions thématiques en liaison avec le public. La roue tourne. Déjà sauvé deux fois, le musée est paré pour passer la fin de siècle.   Mais après?

Aujourd'hui, le musée est toujours ouvert. Riche de très belles pièces il est toujours visible Bd Clémenceau.

Alain MOYAT