Contestation, manifestations, piquets de grève, début de pénurie,  Reims a aussi eu ses événements de mai 1968. Sans commune mesure  pourtant avec ce qui s'est passé à Paris. Histoire.

 

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Fin avril 1968, les rémois disent au revoir à Mgr Marty. Le député-maire Jean Taittinger veut que " l'autoroute urbaine soit  engagée avant 1970." A l'Assemblée nationale, le socialiste Roland  Dumas dénonce " l'information totalitaire" . Sur leur petit écran  télé ils découvrent en noir et blanc un étudiant rouquin aux yeux  bleu. Daniel Cohn Bendit, chef du " mouvement des enragés " s'agite  à la faculté de Nanterre et proclame:  " Accepter la culture  dispensée par l'université bourgeoise, c'est accepter de se  préparer et de participer à l'exploitation capitalistique. "

Le message séduit ses potes étudiants qui se réclament de Che Guevara. 

1 mai 1968.-Au meeting de la fête du travail à Reims, la CGT et la  FEN relaient la contestation parisienne. M.Mention dénonce " la  conjugaison indigne des efforts de l'Etat et des monopoles  capitalistiques contre les intérêts de la classe ouvrière." M.Pierre fustige " la politique démagogique gaulliste qui en  soutenant l'école privée veut en faire un secteur privilégié qui  formera des citoyens dociles." 

L'octroi début mai d'une 4e semaine de congés payés supplémentaire  n'a pas l'effet escompté. Ça bouge toujours à Paris. Nanterre est  fermé sine die. Les cours sont suspendus à la Sorbonne. 

6 mai: grève des étudiants

L'association générale des étudiants de Reims appelle à la grève  avec Alain Guiolet. 80% des étudiants du collège de Droit et des  sciences (1 600)suivent le mouvement, un millier au collège  littéraire, ceux de l'enseignement supérieur et des classes prépa  suivent le mouvement. A l'IUT ils sont plus partagés. 

Pendant ce temps, Jean Taittinger inaugure l'usine rémoise de la  compagnie européenne des thermostats. On se bouscule à 

l'exposition canine. Barricades, lancer de pavés: à Paris des heurts violents opposent  flics"  et étudiants, qui font 250 blessés des deux cités. Les  pavés volent. La police matraque. Les paniers à salade se  remplissent. 

En 24 heures le mouvement étudiant s'amplifie à Reims, grossi par  les élèves du collège de droit, ceux de dentaire et des lycéens.  Quinze cent élèves défilent en scandant des " A bas la répression" ,  " Libérez nos camarades " ; " Liberté d'expression"  " Ouvriers avec  nous." 

Nouvelle manifestation le 9 mai avec les syndicats et les  jeunesses communistes au nom de " Peyrefitte démission." 

Méga manif le lundi 13 mai

Ca chauffe encore un peu plus à Paris. Pendant qu'Anne-Marie  Doucet joue les " Jeanne d'Arc" , la CGT prépare son 40e congrès et  une super manif prévue le 13 mai avec la FEN, la CFDT, FO, l'Ager  etc. Du jamais vu depuis 1953: plus de 6 000 personnes. Lettres en  grève, pas de cours mais des colloques en Sciences, en médecine;  piquet de grève à l'IUT. On bosse pourtant en pharmacie, en droit  et à l'ESC. Un comité provisoire de lycéens voit le jour.

Au conseil municipal, Jean Taittinger annonce la création d'un  département informatique à l'IUT, la transformation du collège  littéraire en fac de lettres pour 1969 et la construction de deux  résidences universitaires pour 300 étudiants.  

15 et 16 mai: le mouvement se poursuit. Il a gagné les lycées et  les collèges. Mais certains sont inquiets:" Comment et quand vont  se dérouler les examens? " Des voix s'élèvent pour regretter  " l'agitation stérile. " Excepté en sciences, lettres et à l'IUT, le  mouvement étudiant s'essoufle.  Mais les ouvriers vont prendre le relais.

Alain MOYAT

 

Jeudi 16 mai 1968:  les Docks rémois lancent les grèves ouvrières

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16 mai: Un millier de salariés des Docks Rémois cesse le  travail, suivis par ceux des Comptoirs-Français. Ils revendiquent  pour leurs conditions de travail, la garantie d'emploi, les  garanties syndicales, l'abaissement de l'âge de la retraite et une  augmentation. Les Arthur-Martin, puis les Rémafer les imitent.

Deux millions de salariés débrayent en France et occupent 150  usines. 

" La réforme, oui. La chienlit, non" déclare le président De Gaulle  dans un discours d'anthologie. 

Une nouvelle fois Taittinger fait le point sur l'avancement de  l'autoroute. Les participants aux états généraux de l'enseignement   réunis à Reims réclament " un contrôle permanent des connaissances  " et plus " l'examen guillotine" .

Lundi 20 mai paralysie (presque) générale 20 mai: Un comité intersyndical voit le jour. La SNCF, EDF, les  PTT et les transports rejoignent les 17 000 grévistes de 80 entreprises. Les versements CAF ne sont plus assurés. Les banques  ferment. l'union publie une longue liste d'entreprises en grève:  Une grève dirigée contre le gouvernement et le patronat " . On  retrouve entre autre: Goulet, Chausson, la PUM, Cisapum, Saprime,  Multifil, Reims Aviation, société générale de fonderie, Marelli,  Goury, Citroën, Rem, Dropsy, les maisons de champagne etc. Les  facs, IUT et classes prépa sont toujours en grève. 

Le 21 mai: 25 000 rémois de 120 entreprises ont cessé le travail.  Les piquets de grève sont vigilants. Début de pénurie.

C'est la chasse aux victuailles, la course à l'essence (super). Le  lait manque. Des commerces du centre ferment. Pomona et les Docks  Rémois livrent toutefois les denrées périssables. Du lait est  distribué en urgence. Grande première: on diffuse à la télé le  débat sur la motion de censure à propos de... la télévision.  

22 mai: drapeaux rouges en tête, sous la pluie, près de 10 000  salariés de 140 entreprises défilent. Les étudiants se font  discrets. Un comité local de grève appelle les Rémois " à contrôler  les hausses excessives de prix."  l'union interrompt provisoirement la parution de ses feuilletons  et romans illustrés à cause des " ruptures désagréables dans les  livraisons " . 

A la Fac de sciences, des politiques: le Dr Coffin, Maillart,  Dachy, Badiou, Tys rencontrent les étudiants.

Dans le poste, De Gaulle annonce qu'" il faut changer les  structures étroites et périmées " . Il promet un référendum pour 

juin. Au cinéma les Rémois s'informent à l''Empire " avec " Helga ",  un film sur l'éducation sexuelle.

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Un peu de casse

Samedi 25 mai: nouvelle grande manif sous la pluie. Les Rémois  doivent se contenter de " Gitanes " et de tabac gris. Il n'y a plus  de " Gauloises " , ni de " Bleues. " Quelques vandales en profitent  pour abimer une cinquantaine de voitures: pneus crevés, capotes  coupées, bouchons de réservoir volés.

Rue de Grenelle à Paris les négociateurs s'activent. On parle  d'avancée: réévaluation du SMIG (à 3F), augmentation de salaire de  7% en juin, meilleurs droits syndicaux, diminution du temps de  travail à 40 heures hebdomadaires, récupération des journées de  grève etc. 

Légère détente: les éboueurs font une tournée de ramassage  d'ordures ménagères. Les banques ouvrent un guichet chacune. Les  rémois se précipitent au marché Saint-Thomas.

Les négociations ouvriers-patrons avancent en commission  paritaire.

Après neuf journées de grève les cavistes annoncent une reprise du  travail. Jean Taittinger lance un appel dans l'union pour dire que  la municipalité fait ce qu'elle peut pour régler les problèmes  d'intendance (eau, assainissement, ordures ménagères) et que le bureau d'aide sociale peut procurer des avances aux retraités.

Il va falloir sortir de la grève.

A.M.

 

Entre négociations syndicales et bras de fer politique

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Fin mai 1968 les événements s'accélèrent. L'assemblée nationale  est dissoute. C'est l'épreuve de force politique le vendredi 30  mai.

A l'appel du " comité de défense de la République"  plus de dix  mille personnes attachés à la Ve République défilent d'un côté de  la ville. Des milliers de grévistes qui appellent à un  renforcement des piquets de grève défilent de l'autre. Le choc n'a  pas lieu. Seulement quelques incidents: quelques drapeaux sont  déchirés, quelques pierres et bouteilles sont lancés sur la  manifestation de ceux qui refusent " la chienlit " .

Jean Taittinger et Jean Falala cosignent un appel au calme. Ils  invitent les salariésà se prononcer sur la reprise " par un vote à  bulletin secret" . Tandis que l'ancien maire de Reims Paul  Marchandeau s'éteint à Paris, que Bob Kennedy se fait assassiner,  on négocie ferme dans les usines et les bureaux. Et du 3 au 7 juin  les reprises vont s'opérer crescendo malgré quelques résistances.

Retardée d'une semaine la 35e foire de Reims peut ouvrir avec Rika  Zaraï qui se blessera légèrement sur la route à Jonchery-sur-Vesle  après son concert. 

Taittinger et Falala à  l'Assemblée nationale

Derniers soubresauts : le 12 juin, le lycée technique d'Etat  Roosevelt est occupé  30 heures par des grévistes. L'Ager demande  une participation des étudiants aux instances délibératives,  plaide pour la création de fac de lettres et sciences humaines,  chirurgie dentaire, art, éducation physique. Elle demande le  report des examens et le sursis pour ceux dont l'échéance arrive  en juillet. Un dialogue s'instaure en fac avec des parents. L'Ager  annonce une " Université d'été "  qui " préfigure l'esprit critique ." 

Dimanche 26 juin: les Rémois invités à renouveler leurs  représentants à l'Assemblée nationale montrent que finalement ils  n'aiment pas le désordre. La IVe République n'est pas si loin. Les deux candidats de l'Union pour la défense de la République:  Jean Taittinger opposé à René Tys, Paulette Billa, Marcel David et  Jean Falala opposé à Michel Delaåtre, Jean Vancraeyenest, René  Maillard et Jean-Marie Bouvier, sont élus députés. 

l'union augmente comme ses confrères. Il passe de  0,40Fà 0,50F.

Le 8 juillet 1968 le collège littéraire deviendra officiellement  Faculté des lettres; le collège de Droit et de sciences: faculté 

aussi à part entière.

Alain MOYAT

 

(Légende photo) Le conflit s'essoufle.  Très discret durant les événements Jean  Taittinger prendra la tête du comité de défense de la République qui donne de la voix ce jour là. En examinant la photo de près, on s'aperçoit qu'on l'a retouchée pour faire s'ouvrir tout grands les gosiers entonnant la Maeseillaise!