(photo: Dernier passage devant le juge en 1961 à Reims pour proxénétisme)29 janvier 2000.- Ennemi public dans les années cinquante, "gangster aux mains  blanches et prince des voleurs" , René Girier, dit René La Canne,  rémois depuis 1957, est mort dans un lit. A la maison de retraite.

 

"J'ai pas tué. J'ai jamais balancé personne et je n'ai volé que  les riches. " Ancien ennemi public numéro un dans les années 

cinquante, mais truand au grand coeur puis chaud partisan d'une  politique de pré-insertion des détenus, René Girier, plus connu  sous le nom de "René La Canne " , coffré en 1951 par le célèbre  inspecteur Roger Borniche, mais  sorti des geôles par Charlotte   de Monaco, la mère du Prince Rainier; est mort hier matin dans son  lit à Reims. A la résidence Wilson. A 80 ans. Quinze jours après  Alphonse Boudard: même parcours, même gouaille.

On ne naît pas voleur...

"On ne naît pas voleur. On le devient ". Il aurait voulu être  champion cycliste, il a finalement inscrit son nom en lettres d'or 

dans les annales de la Police Judiciaire. Avec un casier qui  restera longtemps inscrit dans le Guiness book de la "truanderie"

Natif de Oullins (Rhône) où il a vu le jour en 1919, René Girier,  au terme d'une jeunesse difficile ponctuée par un passage sévère  en maison de correction ne tarde pas à faire parler de lui en  région parisienne. Car du haut de son mètre quatre vingt, le  séducteur intello aux petites lunettes cerclées et au costume tiré  à quatre épingles cache bien son activité professionnelle: pilleur  de coffres et de fourgons blindés.

De 1940 à1951, il accumule les  exploits " , les condamnations et les évasions.  Interception d'un train d'or, vol de plus de 65 MF à la bijouterie  Van Cleef et Appels à Deauville, tentative d'enlévement de  l'actrice Rita Hayworth, la femme d'Ali Khan: le gentleman  cambrioleur enrichit sa carte de visite et sa réputation. Car au  contraire de Pierrot le Fou ou d'Emile Buisson qu'il connaît et  qui n'hésitent pas à faire usage de leurs armes, René La Canne dit  aussi René le boîteux, à cause d'une blessure occasionnée dans des  circonstances douteuses, s'est toujours vanté d'avoir " les mains  blanches."  Il était généreux aussi. On rapporte qu'un jour où il  venait de forcer dans un château le coffre fort de M.Daladier, il   rendit au personnel du Président du Conseil les enveloppes qui  contenaient leur paie.

Malin, René La Canne fait le bonheur des faits diversiers et les  gros titres des manchettes des journaux du soir. Septembre 1947 il  s'évade de l'asile de Villejuif en compagnie d'Emile Buisson. 

Novembre 1950 : il scie le plancher du fourgon cellulaire lors d'un  transfert de la prison de la Santé à l'infirmerie de Fresne. La  presse suit le feuilleton de ses cavales. L'inspecteur Borniche le  piste. Et le coffre en plein mois de janvier 1951, Place de  l'Opéra. 

Séducteur

Plusieurs fois condamné à la prison à perpétuité, René la Canne  devient René la Chance quand une visiteuse de prison, Charlotte de  Monaco, la mère de l'actuel prince Rainier, le soustrait de sa  géôle et le prend pour chauffeur en l'installant en son château de  Marchais (Aisne). " Elle en pinçait pour moi " se plaisait à dire  René Girier qui savait exploiter par son charme le sexe faible. Et celui à qui on prêtait avant guerre le vol du trésor de la  cathédrale s'installe àReims en 1957.

Il ouvre d'abord une librairie, rue Thiers. Afin de favoriser la  réinsertion de délinquants, son nouveau combat, il crée " Les ramoneurs de France" , puis un atelier de polissage rue Andrieux  avec une trentaine de salariés, puis encore une entreprise de  réparation de flippers et de jeux vidéo.

Longtemps habitué du  fameux " Palais Oriental " , célèbre maison close rémoise, Girier a  t-il définitivement tiré un trait sur son passé de truand? En  1961, il passe en correctionnel pour proxénétisme. Ce sera son  dernier passage public devant la Justice. Adulé ensuite par les  journalistes en mal d'adrénaline, René Girier multipliera les  interviews, les passages sur les plateaux de télé. Il écrira même   trois ouvrages: " Je tire ma révérence " , "Chienne de vie " et " Tu  peux pas savoir " . Le quatrième, actuellement  chez un éditeur et  intitulé " Diamant solo " , il n'aura pas le plaisir de le  dédicacer. 

Avec pour tout revenu, le Fonds national de solidarité, atteint  d'un cancer, très amaigri, René Girier s'est éteint  à Reims. 

Ses cendres ont été dispersées le mardi 1 février à14 heures dans  le jardin du souvenir du cimetière paysager de La Neuvillette à Reims.

Alain MOYAT

Lettre d'une fille à son père

 

Lors des obsèques civiles de René la Canne, sa fille lut un texte très émouvant.

"Ta vie passée près de nous et de ceux que tu aimais, nous a apporté ta bonté et ton aide. Tu avais de nombreux amis. Tu donnais beaucoup de toi même pour aider tous ceux, qui, par tes conseils, voulaient sortir du milieu carcéral. Tu aimais l'élégance, les tenues soignées et les jolies femmes.

Tu aimais le vélo, là aussi, tu te donnais à fond, pour ariver le premier. Tous des jeunes que tu entraînais, tu leur disais souvent: "Vous êtes mieux là, à vous dépenser, que de faire les cons dans la rue".

Les week-end à la pêche, l'eau, le soleil, les oiseaux et les amis suffisaient à te rendre heureux.

Tu as surmonté tes problèmes avec beaucoup de dignité. Pour cela, nous t'avons aimé et nous t'aimerons longtemps au plus profond de nos coeurs. "