Il avait endossé l'identité d'un hôtel séculaire détruit en 1914sur le parvis de la cathédrale. Le Lion d'or, palace de la Placed'Erlon est détruit en 1972. Pour devenir résidence et cinéma.

 

7201 -lion dor

Avril 1972.-La sirène du véhicule des sapeurs-pompiers interpelle les riverains de la Place d'Erlon. L'énorme pelleteuse Richier de 7 tonnes armée d'un bras spécial et chargée de démanteler l'ancien palace du  "Lion d'Or" vient de faire une chute de 7 mètres. Heureusement : si la cabine est écrasée, Jean Morant, 42 ans, s'en sort bien.

7210 -grue lion d'or

" Parure" de la Place, l'imposant mais sobre palace construit en pierres de taille au milieu de nouveaux immeubles au style rococo fait de la résistance. Si son mobilier jusqu'aux poignées de porte et sa vaisselle ont été mis aux enchères un an auparavant, pas question de gommer à coup de godets un aussi prestigieux passé.

Palais des princes

De mémoire écrite de Rémois, le premier " hôtel du Lion d'or" avait pourtant vu le jour sur le parvis de la cathédrale. Baptisé "hostellerie de l'Ane rayé " il avait hébergé une partie de lafamille de Jeanne d'Arc en 1429, lors du sacre de Charles X.  Bénéficiant de nombreuses informations venues de la capitale, grâce àses cochers de passage durant la Révolution, l'établissement est à la fois apprécié, mais aussi suspecté.

 Propriété bien plus tard d'un hôtelier nommé Louis Disant (1870), il avait eu l'honneur d'héberger Napoléon III, Mac-Mahon et Murat, derniers hôtes d'importance avant d'être victime quarante ans plus tard d'un terrible incendie, en même temps que la tour Nord de lacathédrale. 

Un nouveau " Lion d'or " voit donc le jour en 1922 sur une place d'Erlon à 80% détruite. Avec sa brasserie au rez-de chaussée, souvent animée par un orchestre, ses 110 chambres à l'étage, l'établissement a un sacré cachet. " De 1922 à1939 y descendaient les princes,  les ambassadeurs, les maharadjahs" .

1940: le prestige du palace ne laisse pas non plus indifférent l'occupant allemand qui le " hante" durant la Seconde guerre

mondiale, accueilli par un maître d'hôtel alsacien: Georges Holfner. On dit que Hermann Goëring en personne y a passé la nuit.

Passée la Libération, l'établissement retrouve son activité, ses prestigieux hôtes: Edith Piaf, le roi de Grèce.

1958: la société du grand hôtel du Lion d'or passe sous le contrôle du champagne Taittinger puis en 1960 fait partie de la

Société du grand hôtel de la rive gauche (hôtel Lutétia).

Dans un article publié dans l'union du 29 mars 1960, Henri Glavier et Eugène Prola évoquent  quelques souvenirs pointus:

-En 1960: Nikita Khrouchtchev déjeune de la selle d'agneau en buvant de l'eau mais commande parallélement  un avion de

bouteilles de champagne.

-En 1962, visite du général de Gaulle avec le chancelier Adenauer, puis un an plus tard, après l'attentat du Petit-Clamart, le même entouré de gendarmes armé de mitraillettes.

Souvenirs d'un président Georges Pompidou doté d'un sérieux coup de fourchette, d'un bouillant Claude François qui casse les glaces et badigeonne les murs de dentifrice ou  Aznavour qui mange du fromage avec du chocolat etc.

Revendu, dit-on " pour construire un hôtel de 1 000 chambres porte Maillot " , le " Lion d'or " est racheté par une SCI composée de Max Rousseaux (patron de la Pum) et Julien Allonsius. L'hôtel ferme en 1967. Avec le talent de l'architecte Fernand Pouillon ils décident de le détruire et de le remplacer  par un immeuble " new-look " de luxe de neuf étages avec une façade en verre avec armature en aluminium anodisée abritant 120 appartements: 60 duplex et 60 studios, un cinéma et un parking en sous-sol de deux étages.

Durant 17 ans: un cinéma

C'est " Monsieur cinéma " en personne, Pierre Tchernia  qui inaugure la salle bijou " de 300 places du superbe cinéma au plafond constitué de 3 000 cylindres d'aluminium, agrandi ensuite avec une petite salle de 97 places quelques années plus tard. A sa tête, Mme Lessenne et son époux, qui dirigeaient déjà depuis 1965 le cinéma " Eden" .

Bonheur: durant dix sept années, les rémois vont avoir le plaisir d'avoir une nouvelle offre cinématographique en ville. Victime

d'une concurence musclée, l'établissement doit abandonner la partie. Il propose sa dernière séance fin avril 1990. Eliminé

après bien d'autres: l'Eden, le Pathé ciné, l'Alhambra etc.

Dix ans plus tard, les deux opérateurs cinématographiques restant s'unissent pour créer un complexe à Thillois. La concurrence a été raisonnée ou éliminée. Surement pas au profit des cinéphiles. Il fut question un temps que la  Fnac prenne possession des murs du Lion d'Or. Il n'en a rien été. Aujourd'hui, si l'immeuble est loin de " préfigurer la Place d'Erlon de l'an 2000" comme l'auraient souhaité ses concepteurs, le rez-de chaussée a du mal, lui, à trouver une vocation définitive. La galerie commerciale ouverte en 1976 suit son bonhomme de chemin.

Alain MOYAT

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(Légendes photos)Le palace édifié en 1922 possédait 110 chambres. Détruit en 1972,

il a résisté au grutier (photo en médaillon)

 -Le cinéma a fermé ses portes en 1990