Ecarté des affaires pour cause d'accident, René Bride trouve  à son retour une majorité désormais favorable aux expansionnistes organismes logeurs. Il démissionne. Pierre Schneiter lui succède.

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20 janvier 1957.-" Je n'ai voulu transiger ni avec ma conscience, ni avec mon devoir. Je n'ai pas assez pratiqué la politique du sourire et de la poignée de main. Je ne crois pas possible de laisser au seul comité d'étude et d'aménagement de Reims l'initiative de déterminer l'avenir économique et social de Reims. Ce n'est pas l'opposition qui provoque mon départ, mais la majorité."

Dans une atmosphère glaciale, le maire MRP René Bride jette l'éponge. Trop, c'est trop. Pas question que le Foyer Rémois construise au Chemin des Moines alors qu'il reste de la place dans le quartier Wilson. Il faut remplir l'école. Entre les partisans d'un développement intra muros et ceux qui souhaitent bâtir en périphérie, la crise est à son paroxysme. Construite, voire ourdie durant les mois de convalescence du maire qui avait été victime d'un grave accident de de la route sur le verglas le dimanche 5 février 1956 en revenant d'un match de coupe Reims-Toulouse, le "complot"  avait été soigneusement préparé.

Il cède à la pression

C'est André Syren (Indépendant)qui avait donné le top départ fin décembre en démissionnantà cause " du plan d'urbanisme entravant l'action des organismes de construction, de la façon trèspersonnelle dont le maire envisage le problème du logement et de ses relations très tendues avec les sociétés HLM." Il est suivi début janvier par le premier adjoint en personne Bertrand de Voguë, président du Coplorr. Si le conseil ne démissionne pas en bloc comme le propose les socialistes pour résoudre la crise, Pierre Schneiter propose ses bons services.

C'est ainsi que le lundi 28 janvier 1957, Pierre Schneiter, dont la candidature est proposée par Marcel Falala, est élu avec le soutien des socialistes par 23 voix contre 13 au communiste Charles Lépagnol. Le nouveau maire se propose d'être " le liquidateur amiable de la situation" et annonce que le conseil démissionnera en mars, après le vote du budget primitif. Le programme est respecté à ceci près que les communistes refusent de présenter leur démission au préfet. Le conseil municipal sera tout de même dissous le 17 avril 1957 par décret ministériel.

" Afin d'expédier les affaires courantes" une délégation spéciale est créée qui comprend Jacques Barot, Marcel Falala, Roger

Jardelle, Adolphe Laberte, Charles Lépagnol et Pierre Schneiter.

222 candidats pour 37 sièges

Les Rémois ne se bousculent pas aux urnes le dimanche 5 mai puisqu'il y a 38% d'abstention. Si les communistes restent la première force politique avec 11 élus, ils perdent deux sièges. Au profit du MRP de Pierre Schneiter (9 sièges) et des socialistes (6 sièges). L'entente Républicaine de Marcel Falala perd six sièges et n'en compte plus que cinq, la liste " communautaire et populaire" de René Bride en totalise 4.

Schneiter prend des adjoints socialistes

Plein d'assurance lors du dépouillement des élections, avec son transistor de poche ramené des Etats-Unis,  Pierre Schneiterdevra user de son expérience à l'Assemblée nationale pour se faire élire maire. La séance est laborieuse, mouvementée avec trois tours de scrutin ponctuée par deux suspensions de séance de 2 h 40 et de 1 h 40. Le temps pour le nombreux public de faire sonner la caisse du " Café de la banque"  et pour le député de négocier avec les socialistes.

Finalement, au troisième trois tours de scrutin  Pierre Schneiter est réélu maireà la majorité relative par 14 voix contre 11à Lépagnol (PCF), 6 à Mirande (SFIO) et 4  Bride. L'élection des adjoints se fera sans les voix des radicaux, des élus de l'Entente républicaine et de la liste Bride qui ne prennent pas part au vote. Pierre Schneiter s'entoure de 4 adjoints socialistes dont M.Mirande, premier adjoint et de 3 adjoints MRP dont Mme Detrée, deuxième adjoint.

Battu aux législatives de décembre 1958 par un certain Jean Taittinger, maire de Gueux, Pierre Schneiter allait à son tour

présenter sa démission qui sera refusée. René Bride allait prendre une courte revanche.

(Légende photo:  Pierre Schneiter étrenne l'écharpe tricolore le 28 janvier 1957)

REGARD

 

Anne-Marie Bride : "René voulait  mettre l'économie au service de l'homme"

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" Inspiré par le père Lebret, fondateur d'Economie et libéralisme, mon mari faisait-il fausse route? Non. Il n'a pas été compris." Quelques mois après la disparition de son mari, Anne-Marie Bride ouvrait son coeur. " Ce n'était pas toujours facile avec huit enfants d'être l'épouse du maire. Quand il fallait le rejoindre à 19 heures, laisser les enfants à la garde. J'aurai préféré vivre tranquille. Je n'ai jamais été dame patronnesse, mais j'étais décidée à la soutenir dans tout ce qu'il faisait car il était dévoué. Il aimait la ville." 

 

Fille du pharmacien de la Place d'Erlon Albert Charlier, Anne-Marie a rencontré René Bride alors qu'un diplôme de pharmacien en poche il travaillait comme chimiste aux Ets Quirin, près de Saint-Remi. Il voulait se marier, mais fils d'instituteur, il n'avait pas beaucoup de sous, ni de situation." En 1932 René Bride ouvre une pharmacie Avenue de Laon, construit sitôt une maison presque en face au 273, puis un laboratoire en 1938. " Mon mari avait créé une association familiale pour militer en faveur des Allocations familiales. " Professionnellement il a inventé plusieurs médicaments: le Pectonal, le Corucide Roland pour les cors, le Sédaspir pour les douleurs etc. Il a aussi dirigé le journal " La Concorde." 

 

Ecarté après son accident

 

Tandis qu'Anne-Marie et ses enfants partent à Deauville puis à Saint-Léonard de Noblas avant de revenir sur Reims: " Le lait et le charbon coûtaient cher pour les petits " , René Bride crée un hôpital pour les gazés près de l'école de pharmacie. Grâce à Dieu il n'aura pas besoin de fonctionner. A la Libération, René Bride est appelé au comité de la Libération auprès du Dr Billard, maire.La mairie, de 1953 à 1957: l'épouse du maire en conserve quelques souvenirs agréables. " La rencontre du poète Paul Fort fort agréable avec son écharpe blanche, le colonel Accart commandant d'armes,  le sous-préfet Escandre." 

 

Tout a chaviré à partir de l'accident de René quand la voiture pilotée par son fils a percuté un poteau près de Villers-Cotteret.En raison du verglas, il était impossible d'aller le voir. C'est finalement le Dr Bouvier qui m'a emmenée." La convalescence fut longue. " René téléphonait sans arrêt des ordres. Mais il sentait bien qu'on cherchait à l'écarter. C'est surtout des gens de la Chambre de commerce et des organismes logeurs qui ne supportaient pas sa conception de l'urbanisme résumée par le Rémois Camelot: une expansion contrìlée, une croissance modérée et équilibrée  à l'intérieur de la ville car construire à l'extérieur coûterait fort cher. Ils l'ont finalement poussé à la démission. Ensuite, Jean Taittinger a profité de l'expérience de mon mari."

 

 Propos recueillis par Alain MOYAT